ONaCVG, 9,2 millions de cartes de combattants accordées en un siècle
L’Office national des mutilés et réformés a été créé en 1916. Après des fusions et une nécessaire modernisation durant ces 110 ans d’existence, cet organisme est aujourd’hui connu sous le nom de d'Office national des combattants et des victimes de guerre (ONaCVG). Celui-ci a accompagné jusqu’ici quatre générations du feu. Sont éligibles à la reconnaissance, la réparation et la solidarité, les combattants d’hier et d’aujourd’hui, les veuves et les veufs, les orphelins de guerre, les victimes d’acte de terrorisme, les pupilles de la nation, les ascendants de militaire ou civil « Mort pour la France », les veuves ou enfants de harkis… Rencontre avec Marie-Christine Verdier-Jouclas, directrice générale de cet établissement public sous tutelle du ministère des armées.
La carte du combattant a cent ans ?
Absolument. Pour nous, c'était vraiment important de pouvoir le mettre en avant parce que c'est plus de 9,2 millions de cartes du combattant qui ont été accordées depuis 1916. Mais derrière la carte, vous avez la croix du combattant. Nous avons sensibilisé tous les directeurs et directrices de nos services départementaux pour qu'à l'occasion des remises de la croix, ils rappellent l'historique et en fassent une fierté, car c'est la première reconnaissance attribuée à un combattant. Nous avons aussi réalisé une vidéo en partenariat avec l'ECPAD pour retracer cette histoire. Se rappeler est essentiel pour donner de la visibilité à l’engagement.
Vous dites souvent que la mémoire précède la solidarité ?
Exactement. Si on fait de la solidarité aujourd'hui, c'est parce qu'on a une mémoire ; les deux sont fortement liés. C'est parce qu'il y a le champ mémoriel que nous sommes solidaires envers ceux qui ont donné de leur vie ou de leur personne.
Aujourd'hui, combien d'anciens combattants accompagnez-vous ?
Nous, nous parlons plutôt de ressortissants. En 2021 le rapport Robert* a fait une estimation car nous ne connaissons que ceux qui se signalent à nous. Sur 9,2 millions de cartes de combattants historiques, nous comptons évidemment ceux de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. Il reste la troisième génération du feu (Indochine, Algérie), les OPEX et les blessés dont le nombre augmente. Globalement, nous estimons qu'il y a 1,6 million de ressortissants encore présents aujourd'hui, même si tous ne nous sollicitent pas.
Comment intervenez-vous justement auprès de ceux qui se sont déclarés ?
Notre rôle est de reconnaître leur statut pour pouvoir réparer. Réparer, ce sont des aides de solidarité, notamment pour la troisième génération du feu et les veuves souvent isolées et dans la précarité. Nous les accompagnons administrativement pour accéder aux aides de droit commun, car nous venons « en supplément ». Nous pouvons aussi les aider concrètement, par exemple pour remplacer une chaudière en panne. Pour les pupilles de la Nation, nous finançons leurs études jusqu'à 25 ans. Mais un pupille l'est toute la vie : nous les aidons au début de leur vie active et nous les retrouvons souvent en fin de vie pour un complément d'aide à domicile ou l'entrée en maison de retraite.
Ce volet social là est peu connu ?
C’est pourquoi je pousse pour qu'on ne communique pas uniquement sur la mémoire, mais d'abord sur la solidarité. Notre rapport d'activité 2025 mettra d'ailleurs en avant ces actions.
Vous participez avec l'Ordre de la Libération à l'identification des derniers titulaires de la médaille de la Résistance française ?
Oui, le général Burkhard, délégué national de l’ordre nous a sollicités car nous sommes le seul établissement public avec un tel maillage territorial : 104 services de proximité, y compris en Algérie, au Maroc et dans chaque DROM-COM. Ce réseau nous permet une proximité unique avec les ressortissants. Nous avons actualisé la liste, malheureusement souvent pour signaler des décès.
Si nous résumons, l’ONaCVG a trois missions principales ?
Aider, c'est la solidarité financière et l'accompagnement administratif, notamment pour la reconversion professionnelle des blessés quittant l'armée. Reconnaître, c'est attribuer le statut de ressortissant et les droits associés. Transmettre, c'est l'action mémorielle. Cela ne se limite pas aux journées nationales comme le 8 mai ou le 11 novembre ; il y a des hommages presque chaque mois, y compris au niveau local. Nous allons à la rencontre des jeunes via une convention avec l'Éducation nationale. Nous utilisons des vecteurs comme des escape games sur la Libération ou des programmes comme « Témoignages de voix croisées » sur la guerre d'Algérie, où d'anciens adversaires témoignent ensemble devant les élèves. Ce lien armée-nation est essentiel, tout comme nos partenariats avec les CCAS pour la solidarité.
Et il y a le Bleuet de France ?
Le Bleuet de France a évolué depuis février 2023 suite aux recommandations de la Cour des comptes. Un fonds de dotation a été créé, dont je suis vice-présidente, mais l'ONaCVG reste propriétaire de la marque. Nous sommes en soutien du Fonds de dotation pour les collectes dans les territoires sans être collecteur et sans gérer les fonds. Le Bleuet permet de financer des actions que les crédits d'État ne couvrent pas, comme les étrennes des pupilles ou des actions spécifiques en EHPAD.
L’établissement a su évoluer...
Bien sûr, et nous continuerons. Quand la troisième génération du feu aura disparu, il faudra s'adapter pour les pupilles, les blessés et les victimes d’actes de terrorisme qui resteront. Par ailleurs, nous avons déjà su le faire en 2022 pour l'indemnisation des Harkis. Nous préparons une évolution vers 2035 pour garder une proximité, même si elle est plus numérique pour la quatrième génération du feu (OPEX). Cependant, la mémoire, elle, devra rester présente physiquement dans tous les territoires.
Aujourd'hui, ne faudrait-il pas changer le nom de l'office ?
Nous avons déjà remplacé « Anciens Combattants » par « Combattants » pour inclure la quatrième génération, les OPEX. C'est un signal pour leur dire que nous sommes là pour eux et leurs familles, notamment face aux syndromes post-traumatiques. Je ne suis pas sûre qu'il faille s'appeler autrement car les combattants sont au centre de notre organisation.
Comment voyez-vous cette institution évoluer à l'horizon 2060 ?
J'espère qu'elle existera toujours. Ses missions de partage et de reconnaissance sont trop belles pour être supprimées. Elle devra sans doute « réduire la voilure » ; peut-être passer à une régionalisation avec une antenne par région au lieu de 104 services, tout en gardant une structure centrale pour la mémoire.
Est-ce que la directrice générale de l'ONAC est écoutée par sa ministre de tutelle ?
Oui, nous avons toujours eu un soutien fort des ministres successifs, ce qui est indispensable pour mener cette politique.
Disposez-vous d’une véritable marge manœuvre ?
Oui, car nous sommes un établissement public autonome. C'est comme une petite entreprise avec entre autres ses fonctions RH, comptables et immobilières. On me fixe des objectifs clairs et on me laisse agir avec ma plus-value, tout en ayant des points réguliers avec le cabinet de la ministre et la Direction de la mémoire, de la culture et des archives.
L’ONaCVG est-elle attractive pour un (e) jeune diplômé (e) ?
Oui mais nous avons des contraintes sur les grilles de salaires des fonctionnaires, surtout pour les métiers du numérique. Mais on ne vient pas à l'Office par hasard, et souvent ensuite, on ne veut plus en partir. Certains reviennent même après être partis. Ainsi les assistantes sociales aiment beaucoup travailler chez nous car elles voient des situations très variées et sont dans la solidarité pure.
La carte du combattant a cent ans ?
Absolument. Pour nous, c'était vraiment important de pouvoir le mettre en avant parce que c'est plus de 9,2 millions de cartes du combattant qui ont été accordées depuis 1916. Mais derrière la carte, vous avez la croix du combattant. Nous avons sensibilisé tous les directeurs et directrices de nos services départementaux pour qu'à l'occasion des remises de la croix, ils rappellent l'historique et en fassent une fierté, car c'est la première reconnaissance attribuée à un combattant. Nous avons aussi réalisé une vidéo en partenariat avec l'ECPAD pour retracer cette histoire. Se rappeler est essentiel pour donner de la visibilité à l’engagement.
Vous dites souvent que la mémoire précède la solidarité ?
Exactement. Si on fait de la solidarité aujourd'hui, c'est parce qu'on a une mémoire ; les deux sont fortement liés. C'est parce qu'il y a le champ mémoriel que nous sommes solidaires envers ceux qui ont donné de leur vie ou de leur personne.
Aujourd'hui, combien d'anciens combattants accompagnez-vous ?
Nous, nous parlons plutôt de ressortissants. En 2021 le rapport Robert* a fait une estimation car nous ne connaissons que ceux qui se signalent à nous. Sur 9,2 millions de cartes de combattants historiques, nous comptons évidemment ceux de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. Il reste la troisième génération du feu (Indochine, Algérie), les OPEX et les blessés dont le nombre augmente. Globalement, nous estimons qu'il y a 1,6 million de ressortissants encore présents aujourd'hui, même si tous ne nous sollicitent pas.
Comment intervenez-vous justement auprès de ceux qui se sont déclarés ?
Notre rôle est de reconnaître leur statut pour pouvoir réparer. Réparer, ce sont des aides de solidarité, notamment pour la troisième génération du feu et les veuves souvent isolées et dans la précarité. Nous les accompagnons administrativement pour accéder aux aides de droit commun, car nous venons « en supplément ». Nous pouvons aussi les aider concrètement, par exemple pour remplacer une chaudière en panne. Pour les pupilles de la Nation, nous finançons leurs études jusqu'à 25 ans. Mais un pupille l'est toute la vie : nous les aidons au début de leur vie active et nous les retrouvons souvent en fin de vie pour un complément d'aide à domicile ou l'entrée en maison de retraite.
Ce volet social là est peu connu ?
C’est pourquoi je pousse pour qu'on ne communique pas uniquement sur la mémoire, mais d'abord sur la solidarité. Notre rapport d'activité 2025 mettra d'ailleurs en avant ces actions.
Vous participez avec l'Ordre de la Libération à l'identification des derniers titulaires de la médaille de la Résistance française ?
Oui, le général Burkhard, délégué national de l’ordre nous a sollicités car nous sommes le seul établissement public avec un tel maillage territorial : 104 services de proximité, y compris en Algérie, au Maroc et dans chaque DROM-COM. Ce réseau nous permet une proximité unique avec les ressortissants. Nous avons actualisé la liste, malheureusement souvent pour signaler des décès.
Si nous résumons, l’ONaCVG a trois missions principales ?
Aider, c'est la solidarité financière et l'accompagnement administratif, notamment pour la reconversion professionnelle des blessés quittant l'armée. Reconnaître, c'est attribuer le statut de ressortissant et les droits associés. Transmettre, c'est l'action mémorielle. Cela ne se limite pas aux journées nationales comme le 8 mai ou le 11 novembre ; il y a des hommages presque chaque mois, y compris au niveau local. Nous allons à la rencontre des jeunes via une convention avec l'Éducation nationale. Nous utilisons des vecteurs comme des escape games sur la Libération ou des programmes comme « Témoignages de voix croisées » sur la guerre d'Algérie, où d'anciens adversaires témoignent ensemble devant les élèves. Ce lien armée-nation est essentiel, tout comme nos partenariats avec les CCAS pour la solidarité.
Et il y a le Bleuet de France ?
Le Bleuet de France a évolué depuis février 2023 suite aux recommandations de la Cour des comptes. Un fonds de dotation a été créé, dont je suis vice-présidente, mais l'ONaCVG reste propriétaire de la marque. Nous sommes en soutien du Fonds de dotation pour les collectes dans les territoires sans être collecteur et sans gérer les fonds. Le Bleuet permet de financer des actions que les crédits d'État ne couvrent pas, comme les étrennes des pupilles ou des actions spécifiques en EHPAD.
L’établissement a su évoluer...
Bien sûr, et nous continuerons. Quand la troisième génération du feu aura disparu, il faudra s'adapter pour les pupilles, les blessés et les victimes d’actes de terrorisme qui resteront. Par ailleurs, nous avons déjà su le faire en 2022 pour l'indemnisation des Harkis. Nous préparons une évolution vers 2035 pour garder une proximité, même si elle est plus numérique pour la quatrième génération du feu (OPEX). Cependant, la mémoire, elle, devra rester présente physiquement dans tous les territoires.
Aujourd'hui, ne faudrait-il pas changer le nom de l'office ?
Nous avons déjà remplacé « Anciens Combattants » par « Combattants » pour inclure la quatrième génération, les OPEX. C'est un signal pour leur dire que nous sommes là pour eux et leurs familles, notamment face aux syndromes post-traumatiques. Je ne suis pas sûre qu'il faille s'appeler autrement car les combattants sont au centre de notre organisation.
Comment voyez-vous cette institution évoluer à l'horizon 2060 ?
J'espère qu'elle existera toujours. Ses missions de partage et de reconnaissance sont trop belles pour être supprimées. Elle devra sans doute « réduire la voilure » ; peut-être passer à une régionalisation avec une antenne par région au lieu de 104 services, tout en gardant une structure centrale pour la mémoire.
Est-ce que la directrice générale de l'ONAC est écoutée par sa ministre de tutelle ?
Oui, nous avons toujours eu un soutien fort des ministres successifs, ce qui est indispensable pour mener cette politique.
Disposez-vous d’une véritable marge manœuvre ?
Oui, car nous sommes un établissement public autonome. C'est comme une petite entreprise avec entre autres ses fonctions RH, comptables et immobilières. On me fixe des objectifs clairs et on me laisse agir avec ma plus-value, tout en ayant des points réguliers avec le cabinet de la ministre et la Direction de la mémoire, de la culture et des archives.
L’ONaCVG est-elle attractive pour un (e) jeune diplômé (e) ?
Oui mais nous avons des contraintes sur les grilles de salaires des fonctionnaires, surtout pour les métiers du numérique. Mais on ne vient pas à l'Office par hasard, et souvent ensuite, on ne veut plus en partir. Certains reviennent même après être partis. Ainsi les assistantes sociales aiment beaucoup travailler chez nous car elles voient des situations très variées et sont dans la solidarité pure.
*Etude sur l'évolution des ressortissants de l'Office, réalisée par le contrôleur général des armées, Robert.
Photo : Marie-Christine Verdier-Jouclas, directrice générale de l'ONaCVG
©ONaVG
Photo : Marie-Christine Verdier-Jouclas, directrice générale de l'ONaCVG
©ONaVG
