lundi 8 août 2022

Dernière année de service pour "La Glorieuse"

La Glorieuse a un nouveau pacha. Il s’agit du lieutenant de vaisseau Matthias Weingart. Un moment particulier car le patrouilleur P400 vit ses derniers mois de service. Le transfert de commandement présidé par le général Putz, commandant supérieur des Forces armées en Nouvelle-Calédonie (Fanc), vient de se dérouler à Nouméa. 
©Wikipedia

Le premier semestre 2022 fut une période riche pour l’équipage avec l’enchaînement de trois missions : aide humanitaire aux Tonga, police des pêches en Papouasie-Nouvelle-Guinée et mission de souveraineté dans la ZEE française. Pour son ultime mission, La Glorieuse participera à l’exercice "Croix du Sud 2O23", centré sur l’Indo-Pacifique, auquel prendront part plus de 2000 militaires issus de 15 nations. Elle sera remplacée dans quelques mois par le patrouilleur outre-mer (POM) Auguste Bénébig, du nom de ce compagnon de la Libération, issu du bataillon du Pacifique.

vendredi 5 août 2022

Philippe François incarcéré à Madagascar, le silence des autorités françaises (2/2)

 

©DR
Depuis plus d’un an, les autorités françaises sont silencieuses. Contacts diplomatiques, contacts informels d’autres sources, les canaux existent. Mais rien ne transparait. Cette absence de communication officielle, d’interlocuteurs institutionnels choque la famille et les amis de Philippe François dont ses anciens camarades de Saint-Cyr. « Mon père reçoit toutes les six semaines uniquement, une visite consulaire» déplore sa fille Constance. Ce sont ses deux avocats sur place qui le ravitaillent. Il a perdu 20 kg. Son comité de soutien https://www.soutenons-philippe.fr/ présidé par l’académicien Jean-Christophe Ruffin poursuit sa mobilisation, essayant d’alerter un maximum de personnes sur le « sort inique » réservé au prisonnier de Tsiafahy, établissement pénitentiaire situé à une trentaine de km d’Antananarivo. 

Une prison dans la prison
Paul Maillot, condamné lui aussi dans cette abracadabrantesque affaire « Apollo 21 », dans un message transmis il y a deux mois à la plateforme de diffusion d’informations sur les prisons dans le monde, Prison insider, raconte son quotidien dans le même établissement : « C’est toujours à l’isolement que j’exécute cette peine alors que nous aurions dû rejoindre un quartier de droit commun. Le quartier spécial de l’isolement est en effet réservé aux prisonniers punis disciplinairement pour une courte durée, et est considéré comme “la prison dans la prison” (…) Tout est lourd ici, comme l’atmosphère étouffante que dégagent 1 000 prisonniers entassés dans quatre quartiers prévus pour 500, quand certains en accueillent 200 pour 50 places... »

Otage ?
« Vous savez, mon père est un otage politique » ne cesse de clamer Constance Wagner François. Il est vrai que si François et Maillot sont de dangereux conspirateurs, le verdict de première instance ne correspond pas aux faits reprochés. « La peine envisageable en toute logique serait perpétuité » commente un avocat international. D’autres pistes se font jour. Andy Rajoelina, « le maître des désillusions » titrait le 22 juillet dernier le quotidien Le Monde, ce président « qui continue de faire des promesses tous azimuts alors que la Grande Ile s’enfonce un peu plus dans la misère » a-t-il exploité une situation lui permettant de régler quelques comptes avec la France (dont il possède la nationalité) ? « Le petit », l’un de ses sobriquets, ce chef d’État qualifié également « d’autocrate infantile et mégalomane », a-t-il voulu par cette arrestation d’opportunité, peser sur les négociations avec Paris concernant les îles Eparses* ? 

Un écran de fumée ?
Une revendication malgache ancienne sur ces îles françaises ne dépassant pas 43 km² mais dont l’ensemble représente 640 400 km² soit 6 % des eaux territoriales françaises. Classées par Paris « réserve naturelle nationale » en 2021, la décision a été très mal vécue par le président qui a vu là un filon nationaliste à exploiter. La population, elle, ne semble absolument pas en faire un casus belli. Toutefois « les tensions sur les Eparses n’ont pas entamé le soutien financier de la France, qui demeure le deuxième donateur, derrière les Etats-Unis » précisait dans son reportage, Le Monde. A dix-huit mois de l’élection présidentielle, Rajoelina est aux abois. « Il n’a à l’étranger, le soutien de personne. Ni même de Moscou et de Pékin, bien présents à Madagascar. Alors, il a trouvé, à travers Philippe François, une occasion de faire pression sur la France » décrypte Rémy Lescure, porte-parole du comité de soutien. « Les îles Eparses, c’est un écran de fumée... »
Dans ce contexte méphitique, Philippe François est-il une monnaie d’échange ? Contacté l’entourage du président malgache n’a pas donné suite à nos sollicitations. Pas plus que le Quai d’Orsay.

* Des îles qui se répartissent du canal du Mozambique (archipel des Glorieuses, Huan de Nova, Europa et Bassas da India) au nord de la Réunion (Tromelin).



jeudi 4 août 2022

La géhenne malgache de Philippe François, ancien chef de corps du Régiment de marche du Tchad (1/2)

C’est le 26 août prochain que Philippe François, incarcéré à Madagascar depuis un an et 14 jours, connaitra son sort, fixé par la cour de cassation. L’ancien officier français saura s’il doit accomplir les dix ans de travaux forcés auxquels il a été condamné le 17 décembre 2021 en première instance (il n’y a pas d’appel à Madagascar dans le cas d’un « crime d’Etat »), s’il est relaxé ou s’il est renvoyé devant une nouvelle cour criminelle. Ex-chef de corps du Régiment de marche du Tchad (2010-2012), le colonel François (ER) est poursuivi par la justice malgache pour atteinte à la sûreté de l’État et tentative d’assassinat du président Rajoelina. C’est un homme « abandonné par le Quai d’Orsay » explique dans une tribune publiée ce jeudi par Marianne, son comité de soutien.

©DR

Né en 1967 à Djibouti, Philippe François est admis vingt ans plus tard à Saint-Cyr avec le rang de major du concours Lettres. Elève sérieux mais aussi « très drôle et créatif », comme le dépeint Constance, l’une de ses quatre filles, il sort dans un très bon rang de la promotion Tom Morel. Il ne choisit pas, contrairement à son père la Légion étrangère où celui-ci commanda le 2e REI (1984-86)* mais les Troupes de marine. Vingt-cinq années de services, des OPEX, des décorations puis le mot « fin ». « Mon père voulait terminer sa carrière après avoir commandé un régiment. Etre général, n’était pas dans ses plans de carrière » explique Constance Wagner François. En 2013 l’officier breveté, qui avait écrit quatre plus tôt un ouvrage remarqué « Tactiques de l’armée rouge en Afghanistan » (Economica), s’engage donc dans la vie civile.

Une deuxième carrière

« Ce qui l’intéressait c’était l’opérationnel » témoigne un officier supérieur qui l’a côtoyé à Saint-Cyr. Défilent les années FNAC (directeur sécurité monde) puis la logistique (FM Logistic, XPO) toujours dans la même secteur. « Philippe n’aime pas ronronner » dit l’un de ses proches.
En janvier 2020, le quinquagénaire part à Madagascar où il occupe la fonction de directeur général de SmartOne (solutions d’Intelligence artificielle) ; il participe ensuite à la création de Tsara First (fonds d’investissement pour le développement économique de Madagascar) avec un autre ancien de Cyr – de la promotion Montclar- Paul Maillot Rafanoharana qui lui, a servi dans la gendarmerie française. Mais, après la séquence Covid qui n’a rien arrangé, l’aventure malgache prend fin.

Retour en France programmé

Le 20 juillet 2021, Philippe François et sa compagne Brigitte sont à l’aéroport d’Antananarivo-Ivato où ils s’apprêtent à prendre un vol pour Paris. Afin d’assister au mariage, quelques jours plus tard dans la région parisienne, de Constance. Mais le couple a également décidé de ne pas revenir dans l’océan Indien. En effet, l’ancien officier a démissionné et espère retrouver un poste dans le secteur de la sûreté/sécurité en France. Ecrire de nouvelles pages, donc. Seulement, rien en se passe comme prévu.
Avant de monter dans le gros porteur, ils sont interpellés par la police. Pour quel motif ? Ils n’en savent rien. Juste le temps pour l’ex-militaire d’envoyer un texto à Constance et ils sont transférés dans la capitale. Là, ils apprennent enfin qu’ils sont accusés « d’atteinte à la sûreté de l’État et de tentative d’assassinat contre le président Rajoelina. »

Paul Maillot
Concomitamment, Paul Maillot qui fut quelque temps conseiller de TGV (surnom du président Rajoelina) mais qui est alors « en délicatesse avec lui » et d’anciens officiers malgaches subissent le même sort. Les deux cerveaux présumés de l’opération baptisée « Apollo 21 », le français et le franco-malgache, sont envoyés à la prison de Tsiafahy, en isolement. Le 6 décembre dernier s’ouvre leur procès devant la cour criminelle ordinaire d’Anosy. Le 21, le jugement tombe : 20 ans de travaux forcés pour Maillot, 10 ans pour François. « Ce procès a été marqué par des vices de procédure, la non-présentation de preuves à décharge et la manipulation voire la falsification de pièces » raconte Rémy Lescure, qui est à la tête de la mobilisation en faveur de l’ex-colonel. La principale pièce d’accusation, une clef USB saisie au domicile de Philippe François « a été modifiée et a disparu » précise la défense de l’accusé français...

Prochain post : Le silence des autorités françaises.

* Le colonel Jean-Claude François fit venir Serge Gainsbourg lors du Camerone 1986 à Nîmes.

jeudi 28 juillet 2022

La délégation parlementaire au renseignement au complet

Le Journal officiel publie ce matin la composition de la délégation parlementaire au renseignement après la désignation des députés nouvellement élus ou reconduits (4 députés, 4 sénateurs). Sont membres : François-Noël Buffet (sénateur du Rhône, LR), Caroline Colombier (députée de la Charente, RN), Constance Le Grip (députée des Hauts-de-Seine, Renaissance) Christian Cambon (sénateur du Val-de-Marne, président de la commission des affaires étrangères, de la défense, des forces armées, LR), Thomas Gassilloud (député du Rhône, président de la commission de la défense nationale et des forces armées, Renaissance), Yannick Vaugrenard (sénateur de Loire-Atlantique, groupe Socialiste, Ecologiste et Républicain), Agnès Canayer (sénatrice de Seine-Maritime, LR) et Sacha Houlié (député de la Vienne, Renaissance).

mercredi 27 juillet 2022

Salih Gusic

 


Les honneurs militaires seront rendus demain matin à 9h30 dans la cour d’honneur des Invalides (Paris) à l’adjudant-chef (er) Salih Gusic, décédé le 20 juillet à l’âge de 94 ans. Au sein de la Légion étrangère, ce sous-officier était souvent considéré comme un acteur du mythe, du récit, de la tradition. Grand officier de la Légion d’honneur, il avait quitté le service actif il y a soixante ans. Et était d’une discrétion légendaire. « Quel intérêt de parler de moi ? » me disait-il souvent.
Né en 1927 à Banja Luka (Bosnie), Salih Gusic se présente au poste de recrutement de Coblence (Allemagne) peu avant ses vingt ans. Parcours commun pour tout engagé : le fort Saint-Nicolas (Marseille) puis le dépôt commun des régiments étrangers à Sidi-Bel-Abbès. Après un an de service, il est nommé sergent. Et effectue les OPEX de l’époque, comprendre les guerres... L’Indochine, tout d'abord, avec le 2ème bataillon étranger de parachutistes où il participe à cent vingt opérations. Puis sept mois en Tunisie en 1953 (3ème BEP) avant un retour en Extrême-Orient. Parachuté sur Dien-Bien-Phu dans la nuit du 9 au 10 avril 54, il se bat jusqu’à la fin. Fait prisonnier par le Viet-Minh, il tente à deux reprises de s’évader. Libéré en septembre, il rejoint ensuite l’Algérie (1er BEP puis 1er REP), il participe en 1956 à l’expédition de Suez (Opération Mousquetaire). 1960, c’est le 2ème REP et l’Algérie. Tout en menant, à partir de 1962, une carrière civile aux Aéroports de Paris, il sert dans la réserve et accède ainsi au grade de lieutenant.
Salih Gusic était également grand-officier de l’ordre national du Mérite.

jeudi 21 juillet 2022

Joël Viratelle

Joël Viratelle en 2013 à Paris ©MNC

C’était il y a deux ans exactement. Un soleil éclatant brillait sur le fort de Nogent à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne). D’autant plus précieux dans un entre-deux sanitaire où la maléfique Covid détruisait la vie, testait la résistance de nos sociétés en apportant des crises, des situations dramatiques.
Dans cette emprise militaire, je recevais mes galons de 1ère classe d’honneur de la Légion étrangère. Dans cette période où la pandémie nous accordait quelque interstice de répit, j’avais été autorisé par le général commandant de la Légion à convier une dizaine d’invités, famille comprise. Joël était là, au fond de la salle. Il avait belle tournure.

Nos routes s’étaient croisées naguère. Un auparavant qui correspondait à son arrivée à la tête de la représentation métropolitaine de la Nouvelle-Calédonie. Mon nom ne lui était pas étranger. Le sien ne me l’était pas non plus. J’avais couvert, pour une chaîne nationale de télévision, les années noires vécues par la Calédonie, dont Ouvéa. Et écrit un livre sur cet épisode sanglant. Le lien entre nous furent bien ces années quatre-vingts. Une combinaison de l’histoire et de nos curiosités.
Mais que fut cette époque ?
Des accents inconnus, un Pacifique Sud oublié, le rappel d’une réalité si lointaine.
L’ époque ?
La fin de l’insouciance, les mots menaçants, les ruptures.
L’ époque ?
La violence, des barrages, des morts, des blessures irréparables,
Qu’est-ce qu’une époque ?
Le temps qui tourne, la gaieté qui fuit, le malheur qui tutoie le quotidien, une poignée de mains inattendue, un avenir à écrire ensemble
Comment raconter une époque ?
Quels mots utiliser pour raconter avec distance les maux ?
Et après cette époque ?
2022, tout à reprendre. La vie de Joël s’est arrêtée là, sur ces interrogations anxieuses.

Ce grand garçon équanime entraînait la sympathie. Calme, souriant, il affichait des yeux armés d’un regard direct. C’était un homme de coeur, sensible. Un observateur, qui, comme l’a évoqué François Sureau le 3 mars dernier lors de son discours de réception à l’Académie française à propos de son prédécesseur dans le 24e fauteuil, « qui ne contemple pas l’histoire de son pays sans douleur ». Une histoire calédonienne qu’il connaissait parfaitement, utile à la compréhension des soubresauts du territoire pour lequel il rêvait à un avenir durable, une Calédonie plus inclusive dirait-on aujourd’hui. J’aimais l’interroger sur sa vision du pays, son devenir, sur la classe politique. Comme beaucoup d’interlocuteurs qui voulaient mieux connaître le Caillou. Nous étions tous d’accord, le directeur de MNC était une source incontournable.
Joël a eu une vie pleine de tout ce que celle-ci peut donner à un homme. Une existence, qu’il ne doit qu’à lui-même. En Calédonie, sa mort a un retentissement considérable. Depuis sa disparition, un hommage unanime lui est rendu. Les politiques, ont presque tous marqué leur attachement à l’homme de bonne volonté, mesuré, et à son inlassable travail public, de médiateur, de facilitateur, d’ambassadeur.

J’ai appelé ce blog « Ainsi va le monde ». Une formule liée à mon deuxième séjour à Nouméa en 1985. Ainsi va le monde ! On ne peut se contenter de cette explication passe-partout pour justifier la disparition d’un homme. Car à ce moment là, face à la mort, nous sommes entraînés par un refus obstiné de l’ordre des choses. Que résume la locution latine « Mors ultima ratio ». La mort a beau être la raison ultime, nous la refusons.
Nos souvenirs sont peuplés d’ombres. Celles d’une Compagnie composée de nos parents, d’anciens voisins qui dès notre enfance ont quitté le monde des vivants, celles de connaissances qui sont parties victimes de maladies, d’accidents, d’une malchance mortelle ou de mort naturelle. J’ajouterai ces morts des années noires calédoniennes, anti-indépendantistes et indépendantistes mais aussi victimes « collatérales ». J’ai croisé, alors, certains de ces visages durant mes reportages. Ils sont toujours présents. Joël va, dans un autre siècle, les rejoindre.

Les vivants ont besoin des morts, comme les morts des vivants. Les morts, nous le savons bien ne meurent vraiment que le jour où plus aucun vivant ne parle d’eux ou ne pense à eux. Aucun risque, Joël Viratelle restera parmi nous !

mercredi 20 juillet 2022

Laurent Nunez, nouveau préfet de police de Paris

 

©ministère de l'intérieur

Comme nous l’annoncions le 13 juillet dernier, Laurent Nunez succède à Didier Lallement à la tête de la préfecture de police de Paris. Il a été officiellement nommé lors du conseil des ministres de ce mercredi matin. Agé de 58 ans, Laurent Nunez jusqu’ici coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme retrouve l’Ile de la Cité où il avait été de 2012 à 2015, directeur de cabinet de son désormais prédécesseur, Bernard Boucaut. 
Cet ancien inspecteur des impôts qui intégrera l’ENA par la voie interne, spécialiste des questions de sécurité, fut notamment sous-préfet de Bayonne (2010-2012), préfet de police des Bouches-du-Rhône (2015-2017), patron de la DGSI (2017-2018), secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur (2018-2020)... Couteau suisse du chef de l’État, homme de dialogue, Laurent Nunez, qui fut naguère proche des Radicaux valoisiens, déclarait en 2011, dans son discours de réception dans la Légion d’honneur : « « Partout où je suis passé je conserve des liens très forts… Je ne veux pas être de ceux qui, au bout de la vie, ont un goût d'inachevé ».