dimanche 17 janvier 2021

Il y a 30 ans, la guerre du Golfe. Souvenirs journalistiques…

 

©Henri Weill/1991

Récemment, l’ambassade de France au Koweït et un quotidien local m’ont demandé de me plonger dans mes souvenirs et de raconter la guerre du Golfe 1, couverte à Ryad (Arabie Saoudite) puis au Koweït, dès que celui-ci a été libéré. Pays où devait se rendre, initialement, aujourd’hui Florence Parly à l’occasion du 30e anniversaire de Daguet. En 1991, j’étais reporteur pour une chaîne de télévision aujourd’hui disparue, la 5. Voici quelques anecdotes concernant cette guerre du Golfe aux multiples noms et phases. Ainsi, Tempête du désert (phases aérienne et terrestre) à laquelle a notamment participé la division Daguet, dispositif commandé par le général Michel Roquejeoffre qui a intégré la coalition visant à délivrer le territoire de l’émirat du Koweït de l’occupation irakienne. C’était donc il y a trente ans. Pour la première fois, une guerre a été vécue en direct grâce aux télévisions du monde entier et, en particulier, CNN.

Ces souvenirs reposent sur une succession d’images. Je les ai classées dans un ordre chronologique. La première nous conduit à Roissy. Où nous partons, à la mi-janvier 1991, avec une dizaine de collaborateurs de la 5, chaine pour laquelle je travaille depuis sa création, il y a près de quatre ans. Nous sommes une dizaine de journalistes, cameramen, monteurs. Comme je suis responsable de la mission, je porte beaucoup d’argent liquide, car l’hôtel Hyatt de Ryad, où nous sommes hébergés, n’accepte que des dollars… Nous allons y loger cinq semaines.

                                                      NBC

Compte-tenu des menaces qui pèsent, il est fortement recommandé de partir sur le terrain avec une tenue « nucléaire, biologique et chimique » (NBC). Notre direction de l’information a fait ce choix. Celles-ci doivent arriver de Montpellier et nous être livrées à l’aéroport, deux heures avant notre départ. Elles ne sont pas au rendez-vous. Ne voulant faire prendre aucun risque au groupe, je décale de 24h notre départ (nous relevons d’autres équipes de la chaîne). Le lendemain, les tenues nous sont livrées. Nous embarquons dans le Boeing de la compagnie Saudi arabian airlines. Celui-ci est pratiquement vide. Cette guerre du Golfe 1 constitue un choc en France. Les restaurants sont alors vides, les magasins également. Environ 14 000 militaires français participent à la coalition et constituent la division "Daguet". C'est la première fois depuis l’Algérie, donc 38 ans auparavant, que nos troupes partent faire la guerre. Jusqu'ici elles n’ont participé qu’à des opérations de maintien de la paix. C’est un choc !

 

Avec le général Le Pichon, Daguet ©Henri Weill/1991

Arabie Saoudite

Une fois sur place, nous avons pour consigne, lorsque la sirène du Hyatt de Ryad retentit, de descendre à l'abri, situé au sous-sol de l'hôtel. Mais nous ne l’avons jamais fait. Nous préférions aller sur le toit, là où se trouvaient les paraboles de diffusion, afin de voir les SCUD (missiles russes tirés par les Irakiens) être interceptés par les missiles Patriot américains. Dans les dernières heures de l'offensive terrestre, un missile est toutefois tombé à proximité de nous. Les télévisions françaises travaillaient en pool. Lorsqu’il y avait un reportage avec l’armée (française), un rédacteur et un cameraman représentaient l’ensemble et nous fournissions aux autres confrères images, interviews et éléments de commentaire. Ces reportages devaient officiellement être visionnés avant envoi par un officier de communication français mais j’ai le souvenir que tout s’est passé sans problème avec eux. A la fin, ils ne venaient même plus.

 

Sortie de Koweït city après l'offensive terrestre ©Henri Weill/1991

L’offensive terrestre

Ici nous l’attendions depuis plusieurs jours. L’annonce en a été faite par le ministère de la défense en pleine nuit du 23 au 24 février 1991. Le téléphone sonne vers 2h30 selon ma mémoire. C’est donc Paris qui nous apprend son déclenchement (à l’époque nous n’avons pas de téléphones portables, ni tweeter, ni réseaux sociaux…) Nous travaillons « à l’ancienne. » Nous essayons de joindre les officiers du SIRPA (de téléphone filaire à téléphone filaire). Ils sont à l’hôtel Novotel où résident également d’autres confrères français. De ne pas être dans le même établissement est un souci. Mobilisation immédiate de toutes les chaines françaises. Nous montons sur le toit du Hyatt et pendant plusieurs heures, jusqu’au petit matin, nous allons enchainer les directs. Sans disposer de la moindre information précise…

  

Avion de la British airways, aéroport de Koweït city ©Henri Weill/1991

Reportages

J'ai tout d’abord deux images de pool qui reviennent en écrivant sur ce passé. J’avais embarqué, lors des opérations aériennes, dans un avion ravitailleur français et celui-ci avait fourni du carburant à un Jaguar qui allait bombarder une cible en Irak (les Français et les Américains fournissaient souvent des images des attaques). C’était extrêmement impressionnant. La deuxième : mon premier déplacement à Koweït, par voie aérienne militaire (VAM). Les puits de pétrole étaient encore en feu, les pistes de l’aéroport de Koweit city étaient encombrées par les carcasses d’avions détruits par les Irakiens. Ceux-ci venaient de quitter le pays. Au sortir de la capitale, leur dernier convoi avait été bombardé par les forces alliées. Dans un très large périmètre il y avait, abandonnés, armes lourdes et légères, munitions, casques, tous types de véhicules, mais aussi le fruit des rapines que les occupants voulaient emporter : vêtements, lessives, machines à laver…

 

Sortie de Koweit city ©Henri Weill/1991


Le surlendemain, je suis retourné au Koweit mais en voiture. Avec un cameraman et un preneur de son. Pas par la côte et Dahran mais par le centre (désert). On nous avait expliqué que c’était encore interdit aux journalistes d’y accéder. Nous venions pour réaliser un magazine sur les dégâts subis par le pays pendant l'occupation irakienne. Dans l’autre sens, revenant du Koweït, l’armée américaine faisait chemin inverse. C’était véritablement « l’invincible armada » qui rentrait de campagne. Le convoi s’étalait sur des kilomètres et des kilomètres. Je n’ai jamais eu l’occasion, depuis sur d’autres théâtres d’opérations, de voir pareilles images.

Je ne me remémore pas, trente ans après, l’entrée au Koweït sans une forme de sourire. Comme je viens de l’expliquer, il était compliqué en ces premiers jours, pour les journalistes d’y entrer. C'est pour cela que j'avais choisi cette route. J'avais revêtu la tenue NBC. Tenue « désert » des militaires français. Pour passer la frontière j'ai ajouté sur la poitrine les barrettes de capitaine données par un officier. Au poste frontière, je suis descendu du Range Rover et suis allé me présenter à un militaire koweïtien. Lui indiquant que nous allions à l’ambassade de France. Le cameraman et le preneur de son, eux, étaient en civil mais cela n’a posé aucun problème. « Mon homologue » m’a remercié et nous a autorisés à entrer…

La Guerre du Golfe

La guerre du Golfe 1 (2 août 1990-28 février 1991) débute le 2 août 1990 avec l’envahissement du Koweït par l’Irak. Une semaine plus tard, François Mitterrand, président de la République, annonce notamment l’envoi du porte-avions  Clemenceau avec son escorte, afin d’assurer la protection du golfe Persique (opération « Salamandre). Le 14 septembre 1990, les Irakiens investissent l’ambassade de France à Koweït City. Une division française « Daguet » est constituée et participera à la coalition contre l’Irak. Qui protégera également l’Arabie Saoudite.

Cette opération porte le nom de Bouclier du désert qui consiste en une longue période de préparation des troupes avant l’offensive alliée baptisée Tempête du désert à partir du 17 janvier 1991. L’assaut terrestre qui suivra durera 100 heures.

Dix militaires français ont été tués, certains étant morts par accident avant le déclenchement des opérations ou après le conflit.

samedi 16 janvier 2021

Le général Baptiste renouvelé

©DR

Délégué national  du Conseil national des communes « Compagnon de la Libération » depuis 2017, le général Christian Baptiste (2s) vient d'être renouvelé dans ses fonctions pour un mandat de quatre ans, par le président de la République. Cet homme de communication avait alors succédé au dernier chancelier de l'ordre de la Libération, Fred Moore. Il ne reste désormais qu'un seul titulaire de la croix de la Libération en vie. Il s'agit d'Hubert Germain, 100 ans, ancien de la 13e demi-brigade de Légion étrangère (DBLE).

vendredi 15 janvier 2021

L'héritage exploré


Jean-Jacques Fradet est un enfant du quartier parisien de Belleville. Il est actuellement directeur des systèmes d'information chez Gras Savoye, groupe français de courtage d'assurance et de réassurance. Auparavant, il a travaillé chez Alstom, la Société générale ou Capgemini. Un profil de cadre dirigeant donc. Je ne le connais pas, mais je suis persuadé qu'il a fait sienne cette interrogation de Chateaubriand : "Sans la mémoire que serions-nous ?" Ce qui me semblerait expliquer l'écriture de Belleville Mamie Blues (L'Harmattan, 2020), livre paru dans une collection qui paraît faite pour lui, "Graveurs de Mémoire". Ces pages, touchantes et tragiques, sont une jolie découverte. Touchantes et tragiques parce qu'elles retracent l'histoire de sa grand-mère, juive polonaise de Tarnow qui, avant ses vingt ans, a fui la vague tragique pour trouver refuge dans le Belleville de l'immédiat avant Seconde Guerre mondiale. Que rencontrera-t-elle ? Les éléments constitutifs de la vie des Israélites (comme nommés alors) la peur, de la dénonciation, de l'arrestation, de partir "vers l'Est" de l'Europe d'où elle venait mais dont on avait que des chances infinitésimales de revenir. Dans cette galerie de portraits, on croise également, un membre de la famille au nom familier aux plus de vingt ans, celui de Charles Denner. Beaucoup de gens se sont essayé depuis la Libération, à écrire sur leur famille. J'ai lu beaucoup de ces livres souvent destinés, uniquement, à laisser une trace aux descendants. Si j'ai souhaité consacrer un post à l'ouvrage de Jean-Jacques Fradet, c'est qu'il possède de vraies qualités. Celui-ci a abordé l'Histoire comme un enquêteur efficace, capable de mettre en perspective les événements. Ce qui permet au lecteur de suivre aisément. Habituellement, je contesterais à un étudiant en journalisme de faire deux citations dans un papier. Mais je vais oser. Et reprendre, celle d'un homme qui a vécu différemment cette période (américain, il est retourné aux Etats-Unis pendant le Seconde guerre pour servir au Bureau de l'information de guerre). Il s'agit de Julien Green. J'ai retrouvé récemment cette réflexion sur une personnalité qu'il évoquait dans son Journal : "Il a quatre-vingt-un ans et d'intraitables souvenirs qu'il va chercher dans la nuit de sa mémoire comme au fond d'une grande caverne pleine de ténèbres; il revient toujours avec quelque chose, un nom, une date, une anecdote..." De cette exploration de la nuit de l'histoire et de la mémoire, Jean-Jacques Fradet en a rapporté tant de souvenirs...

jeudi 14 janvier 2021

Affaire Jallal Hami : prison avec sursis pour 3 militaires, 4 autres relaxés

Jallal Hami ©DR

Elève officier à Saint-Cyr, le sous-lieutenant Jallal Hami, 24 ans, s'était noyé lors d’une soirée « de transmission des traditions » c'est-à-dire un bizutage, à Saint-Cyr. C’était le 30 octobre 2012. Le "colonel des gardes" a été condamné à huit mois de prison avec sursis. Le commandant du 2e bataillon et le" Père système" à six mois avec sursis. Celui-ci, aujourd'hui capitaine, avait reconnu sa responsabilité lors de l'audience qui s'est déroulée en novembre dernier, devant le tribunal correctionnel de Rennes (Ile-et-Vilaine). Il est aussi le seul condamné à servir encore dans l'armée. Quatre autres militaires poursuivis pour "homicide involontaire" ont été relaxés.

mardi 12 janvier 2021

Les enseignements du sondage IFOP-Le Point

La moitié des Français seraient donc opposés (51%) à la présence française au Mali et aux opérations qui y sont menées. Tel est le résultat d'un sondage IFOP-Le Point évoqué, depuis hier soir, par toute la presse. Une mesure de l'opinion réalisée au début de ce mois, après la mort de cinq soldats français, dont une femme sous-officier, les blessures infligées à six autres et la frappe de Bounti qui a provoqué une polémique. Bavure ? Un sondage, par habitude, doit être pris avec les réserves d'usage mais celui-ci exprime évidemment une adhésion de la population à Barkhane en décroissance.  A l'heure où l'opération doit évoluer. Toutes les hypothèses doivent être étudiées. Et elles le sont. Comme je l'expliquais hier, la ministre des armées a ainsi remis un voyage qu'elle devait effectuer ce prochain week-end à Koweït, pour le 30e anniversaire de l'opération Daguet, afin de travailler sur le dossier Barkhane.

Enseignements

Il y a, me semble-t-il, trois enseignements à noter dans cette enquête. Contrairement aux idées reçues, les écologistes (51%) sont plus favorables à cet engagement dans la bande sahélo-saharienne (BSS) que les partis classés à droite. Et la gauche, dans son ensemble, soutient davantage l'engagement militaire que ces partis de droite. 61% pour les sympathisants PS, 51% donc pour les écologistes, 43% pour la France insoumise. Alors que les réponses à ces questions laissent apparaitre que les sympathisants de François Fillon en 2017, ne sont que 41%, trois points de plus que pour les sympathisants du Rassemblement national. Les soutiens de LREM étant majoritairement favorable à l'OPEX (66%). Le deuxième est que les femmes sont plus méfiantes que les hommes. Enfin, et c'est ma troisième réflexion, ce sondage ne peut que contenter nos ennemis sur le terrain. Depuis trois semaines, ceux-ci ont multiplié les actions afin de blesser ou de tuer les militaires français. Avec un objectif : faire évoluer l'opinion française...

lundi 11 janvier 2021

30e anniversaire de Daguet, la visite de Florence Parly au Koweit décalée


©Ministère des armées


Report de la visite que la ministre des armées devait effectuer ce dimanche au Koweit afin de célébrer le 30e anniversaire de l'opération Daguet. Celle-ci, décalée vraisemblablement pour des contraintes liées à l'actualité de Barkhane, pourrait toutefois se dérouler au mois de février. L'opération
Daguet (1990-91), commandée par le général Michel Roquejeoffre, est la participation française à la coalition internationale formée après l'invasion du Koweit par les troupes irakiennes, début août 1990. C'est la guerre du Golfe 1.

dimanche 10 janvier 2021

Covid 19, l'Algérie a choisi ce soir officiellement le vaccin russe Spoutnik V

Information commentée ainsi par Dilem, dessinateur du quotidien algérien francophone Liberté :

©Dilem, Liberté