samedi 7 août 2021

Le CEMA pour les 101 ans d’Hubert Germain


22 juillet 2021, visite du CEMA à Hubert Germain @Twitter

Le chef d’état-major des armées quittera aujourd’hui son lieu de courtes vacances pour venir à l’Institution nationale des Invalides (Paris) afin de souhaiter son 101ème anniversaire à Hubert Germain. Celui-ci est né le 6 août 1920 dans la capitale. 
Le général Burkhard voit régulièrement le dernier Compagnon de la Libération. Sa précédente visite remonte au 22 juillet, jour de son entrée en fonction. La filiation -le lieutenant Germain a combattu au sein de la 13e demi-brigade de Légion étrangère (DBLE), notamment à Bir Hakeim et le futur CEMA a commandé entre 2008 et 2010 le régiment- n’explique pas tout.
Le général Burkhard, qui de par sa fonction actuelle (et les précédentes) est face à des choix difficiles mesure combien celui d’Hubert Germain le fut en juin 1940, dès l’annonce de la demande d’armistice effectuée par le maréchal Pétain. Il n’avait pas 20 ans et en quelques heures, il a refusé la défaite. Lui et d’autres, gamins qui sortaient de l’adolescence ou qui l’avaient quitté si peu de temps auparavant, ont alors abandonné famille, amis, études ou carrière au nom de l’honneur. Il est utile de préciser qu’il faut raisonner en terme d’individualités, non de groupes homogènes. Entre eux et l’avenir, un épais brouillard celui de l'incertitude...Lui s’en est sorti.
Le général Burkhard apprécie le contact avec cet homme toujours aussi humble lorsqu’il évoque cet engagement et ses combats de la Seconde Guerre mondiale. Une rencontre qui permet à tout visiteur de relativiser.

mardi 3 août 2021

Libye : rencontre avec Alexandre Mathon

Il y a d’abord le hasard du contact. Puis la curiosité suscitée par un thème de mémoire (Bachelor) ; enfin après l’avoir lu, l’envie d’en parler. Voilà pourquoi, j’ai donné la parole à Alexandre Mathon, 20 ans, qui suit des études à l’ILERI, école des relations internationales à Paris. Pour parler de son travail sur la Libye. Sa recherche a pour titre : "Fragmentation politique et crime organisé en Libye. Instabilité et impunité dans un pays fracturé". Entretien.

  Principales routes du trafic de drogue en Libye @usip.org

- Pourquoi le crime organisé prospère-t-il en Libye ?
Ce n'est pas réinventer l'eau chaude que de dire que le crime organisé prospère sur l'instabilité, mais ça n'en reste pas moins une constante. Les théories ne manquent pas sur l'origine de ce succès : "proto-États" (voir les travaux de Skaperdas et Syropoulos) qui ressurgissent à la faveur de l'affaiblissement, voire de l'effondrement de l'État central, là où d'autres voient dans ces groupes criminels organisés les "meilleurs élèves du capitalisme" (citation de Frédéric Ploquin), aptes plus que toute autre à louvoyer dans un environnement chaotique et sans réglementations. Autre point à ne pas négliger : l'effet corrosif des trafics illégaux. Le crime organisé, qui se structure autour de ces flux, non seulement prospère dans le chaos, mais en est une source, ce qui ne manque pas d'aggraver une instabilité préexistante. Les conséquences de flux illégaux pas ou peu contrôlés sont lourdes : corruption des institutions (notamment judiciaires), évolution des mœurs (hausse des violences et des addictions) et éviction de l'économie légale. Parmi les motifs d'affrontements entre tribus Touaregs et Toubous dans le désert du Fezzan, on retrouve ainsi le contrôle des juteuses routes de la drogue et des migrants, source économique vitale pour les villes de la région.

- Quelles sont ses différentes formes ?
Parler des formes du crime organisé est délicat : l'une de ses principales caractéristiques est justement sa souplesse (l'adaptation rapide de circuits criminels pour de faux pass sanitaires en fournit un triste exemple récent) ! Pour faciliter l'analyse du crime organisé en Libye, j'ai néanmoins choisi dans mon mémoire de l'aborder par "flux", bien que dans la réalité, les acteurs de ces trafics ne se limitent que très rarement à un seul. J'ai opéré une distinction selon l'Ocindex (Organized crime index) : trafic d'armes, de drogues, d'êtres humains et de migrants (les deux allant bien souvent ensemble en pratique) et le détournement de ressources naturelles (ici de pétrole). Chacun de ces flux a ses propres spécificités et ramifications qui, bien que très intéressantes, seraient trop longues pour être exposées ici. À titre d'exemple, je prendrai l'éparpillement de l'arsenal de feu Mouammar Kadhafi. On connaît bien les liens entre l'insurrection au Mali et la guerre civile libyenne. En Libye-même, le fait que chaque milice possède un arsenal de guerre rend les conflits exceptionnellement violents et complique un peu plus la réunification sous une autorité centrale. Au niveau sociétal, "jouer au milicien", parfois avec des armes bien réelles, est un jeu répandu chez les enfants libyens.

- L'instabilité politique ne peut que lui permettre de croître ?
Le crime organisé prospère dans le chaos. Il est donc logique que, plus l'instabilité perdure, plus les flux illégaux se développent. Néanmoins, si la dimension économique est une motivation indéniable des groupes du crime organisé, elle n'est pas la seule. Si l'on observe d'autres cas historiques, comme l'UCK au Kosovo ou les Talibans en Afghanistan, on constate qu'une fois que ces groupes se retrouvent détenteurs d'un pouvoir politique, ils utilisent leur capital économique pour gagner en légitimité (ou vice-versa, dans le cas des Talibans). Le risque d’une instabilité prolongée en Libye est donc une insertion du crime organisé dans toutes les strates de la société libyenne, processus déjà largement entamé dans les faits. Dans l’hypothèse d’une stabilisation du pays, il sera donc bien plus difficile de contrôler les flux illégaux. Sans aller jusqu'au narco-État (les spécificités tribales de la politique et de la société libyenne pouvant peut-être s'y opposer), il me semble probable que le crime organisé libyen s'assure ici une pérennité, d'autant plus que la valeur de la Libye dans les flux illégaux passe surtout par sa position géographique. La Libye forme un trou dans la muraille européenne, faille surexploitée par les trafiquants de drogue et de migrants.

- Les mouvements et factions sont-ils parties prenantes ?
Absolument. L'un de mes préjugés en commençant mes recherches était que le crime organisé en Libye se composait principalement d'étrangers "spécialisés", issus de cartels et autres mafias. Rien de plus faux. Hormis quelques exceptions, comme le trafic de cocaïne (accompagné presque du producteur au consommateur par les cartels latino-américains) et le trafic d'armes (forte présence d'étrangers, en raison du réseau nécessaire pour transvaser les armes vers de nouveaux conflits), les Libyens sont majoritairement présents dans les trafics. Les myriades de groupes et milices qui composent le pays sont des acteurs majeurs, et pour cause : participer aux flux illégaux assure une manne financière non négligeable dans un pays où, rappelons-le, l'État reconnu par l'ONU a toutes les peines du monde à assurer son autorité au-delà de Tripoli. Au Fezzan, les tribus nomades et les vestiges de Daech assurent la "protection" des caravanes de drogue. Tout le long des grandes routes jusqu'à la côte, chaque milice agit de même sur son territoire, touchant une taxe de passage. Les migrants subissent un procédé similaire, avec le système des rançons à payer à chaque étape pour continuer le voyage. Sur la côte-même, les gardes-côtes libyens n'hésitent parfois pas à jouer double jeu avec l'Union Européenne, se plaçant au centre du trafic de migrants vers les côtes italiennes. L'ANL du Maréchal Haftar, quant à elle, s'est acquise une réputation dans l'exportation illégale de pétrole (normalement privilège du gouvernement de Tripoli). L'offensive du Croissant Pétrolier en 2018 s'inscrit dans une optique de guerre économique, afin de priver à la source Tripoli de ses oléoducs dans la région. Pour plus d'approfondissements, je vous invite à lire la passionnante enquête de PublicEye, "Opération Dirty Oil", qui fournit un exemple concret et détaillé du détournement de pétrole, et donne également un aperçu général du crime organisé sur la côte libyenne.

dimanche 1 août 2021

Le général Frank Barrera de Nouméa à Matignon

 

@FANC

Après avoir commandé pendant deux ans les 1500 militaires et 200 civils des Forces armées de la Nouvelle-Calédonie (FANC), le général Frank Barrera vient de quitter ce territoire situé dans une zone Indo-Pacifique dans laquelle la France « tient à prendre ses responsabilités. La France, qui promeut le multilatéralisme, se présente ici comme une tête de pont ou une avant-garde de l'Europe » a-t-il rappelé dans un entretien au quotidien Les Nouvelles Calédoniennes (LNC).
Remplacé sur le Caillou par le général Valéry Putz (voir post du 6 juillet 2021), Frank Barrera est depuis 24 h le nouveau chef de cabinet militaire du Premier ministre.

jeudi 22 juillet 2021

Le général Burkhard a pris ce matin ses fonctions

Le général Burkhard, le 13 juillet 2019 @HW

En devenant chef d’état-major des armées, le général Thierry Burkhard a eu certainement une pensée pour trois hommes. Trois rencontres qui ont laissé une empreinte durable au point de marquer une vie. Il s’agit du général Jean-Louis Georgelin qui commanda son bataillon à Saint-Cyr, du général Michel Poulet qui fut son chef de corps au 2ème REP, du général Antoine Lecerf dont il fut l’assistant militaire en Côte d’Ivoire (opération Licorne). More majorum, « À l’exemple des anciens », qui est la devise de la 13e Demi-brigade de Légion étrangère (DBLE) que le nouveau CEMA a commandé (2008-2010) à Djibouti. Sa trajectoire a fait que le saint-cyrien de la promotion Cadets de la France libre, a été chef de corps de ce régiment Compagnon de la Libération, socle de l’armée de Gaulle, puisque 900 des 1600 hommes de la 13 choisirent, à Londres fin juin 1940, de suivre ce général inconnu qui venait de refuser l’armistice.
Rarement, officier général parvenant au poste suprême n’aura autant fait l’unanimité. « A l’écoute, il encourage toujours les hommes » explique un sous-officier. « Thierry Burkhard a toujours fait preuve d’une énorme humilité » rajoute un officier supérieur. « Il manifeste la même attention que vous soyez caporal chef ou son adjoint » raconte un autre de ses pairs. Le général Burkhard a ainsi tenu à assister, lundi 20 juillet à la passation de commandement au 1er REG à Laudun l’Ardoise (Gard). Pour remercier un collaborateur, son ancienne « plume » nommée à la tête du régiment. Là est sa signature. Cet « homme de parole » (mais économe de ses mots), a toujours pris également du temps, malgré un épais agenda, pour les blessés et les veuves de militaires. Ce qu’il continuera, sans nul doute, à faire.
A cette fonction complexe de chef d’état-major, dans une période de « dispersion du monde » pour reprendre la formule de son prédécesseur, Thierry Burkhard, 57 ans le 30 juillet, s’emploiera probablement comme cet homme dépeint par Simone Veil lors de son discours de réception à l’Académie française, en mars 2010. Qui, lorsqu’il fut aux affaires agit « avec résolution, mais sans agitation. » Elle parlait de son prédécesseur dans le fauteuil n°13, Pierre Messmer, lorsqu’il fut Premier ministre (1972-74)...lui aussi un ancien de la 13.

samedi 17 juillet 2021

La mémoire des victimes de Vichy instrumentalisée par les "Antivax" et autres complotistes

Demain, Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, présidera à Paris les cérémonies à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français (c’est-à-dire Vichy) et d’hommage aux « Justes » de France, à l’heure où les « Antivax » et autres complotistes convoquent l’image de la Collaboration, de la persécution des juifs et de ses symboles. Cette utilisation relève d’une instrumentalisation de l’histoire, d’un amalgame indigne et insupportable pour la mémoire des 75 721 juifs, dont près de 11 000 enfants qui ont été déportés de France. 2 566 reviendront à la libération des camps selon les chiffres de l’association des Fils et filles de déportés juifs de France. J’avais le 16 juillet 2014, publié un post sur Denise Tavernier*, qui le 16 juillet 1942, assistante sociale stagiaire à la préfecture de police de Paris, avait été envoyée au Vel d'Hiv. La police française venait d’arrêter des juifs étrangers réfugiés et leurs enfants. Cette rafle se poursuivra le lendemain. Ce sont 13 152 juifs dont 4 115 enfants qui seront détenus au Vélodrome d'hiver dans le XVème arrondissement avant d'être transférés dans les camps de transit de Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande (Loiret). La quasi-totalité mourra au camp d'extermination d'Auschwitz. Voici son témoignage.

Denise Tavernier en 2014 à Paris @HW

« Des gens étaient couchés par terre. D'autres se tenaient debout, gesticulant. De petits enfants, dans les bras de leur mère, pleuraient » se souvient soixante douze ans plus tard, Mme Tavernier. « Je suis alors abasourdie. Je porte ma tenue de la Croix Rouge, qui me permet de circuler normalement. On me demande à boire, à manger. Je me rends compte de mon inutilité ». Puis après un long silence, elle rajoute : « Ces enfants qui jouaient à « Chat perché » sont morts à Auschwitz. Vous vous rendez compte ! »
Denise Tavernier retourne à la préfecture, dans l’île de la Cité, rend compte à sa responsable puis est convoquée par un haut fonctionnaire du cabinet. Du haut de ses 23 ans, elle lance :
- Il y a des moments où on est pas fier d’être français !
- Vous dites ? interroge son interlocuteur
- Je dis qu’il y a des moments où on a honte d’être français !
L’homme reste silencieux. Denise Tavernier : « Je m’enhardis encore. Je lui dis qu’il n’y a pas d’eau. Il répond qu’il va faire vérifier. » Le circuit d’eau potable sera réparé au bout de 36 h. L’entretien se termine par cette phrase prononcée par le haut fonctionnaire : « Si vous parliez trop, vous risqueriez d’être arrêtée...»
Le soir, Denise raconte cette terrible journée à sa mère. Celle-ci lui conseille de retourner au Vel d’Hiv afin d’apporter « une miette de réconfort à ces malheureux. » Ce que la jeune Denise fera. « Les gens ne cherchaient pas à s’évader, beaucoup avaient confiance ». Pas tous. Certains envisagent leur sort. En 1952, elle a décrit ces heures terribles dans un mémoire de quelques pages. Elle dit : « Sur le visage buriné de mon voisin coulent de grosses gouttes, des larmes sans doute lui balayent les joues, il tremble en s’approchant. Puis il me regarde avec des yeux hagards, il se retourne, son souffle chaud frôle ma nuque, il se met à hurler en me secouant violemment aux épaules.
- Vous et vos pareils, mais tuez-nous, tuez-nous donc, vous n’avez pas honte, hein répondez-moi mais répondez-moi donc…»
Quelques jours plus tard, Denise Tavernier impuissante et indignée donnait sa démission.


*Denise Tavernier est décédée depuis cette première publication.

jeudi 8 juillet 2021

Organigramme des armées complet

 

©Armées

On attendait l’officialisation de la nomination du général Pierre Schill à la tête de l’armée de terre (CEMAT). Elle est venue hier, dans le compte-rendu du conseil des ministres. De même que celle de son prédécesseur, le général Thierry Burkhard à la tête des armées (CEMA). Pierre Schill, 54 ans, a choisi les Troupes de marine à sa sortie de Saint-Cyr (promotion Tom Morel). Il a notamment servi au 3ème Régiment d’infanterie de marine (Vannes, Morbihan) qu’il commandera de 2009 à 2011. Mais également au Régiment d’infanterie de marine du Pacifique en Polynésie ((RIMaP-P). Il a été engagé au Tchad, en Somalie, à Sarajevo, en Côte d’Ivoire…Adjoint au chef d’état-major particulier du président de la République (2012-2017), Pierre Schill a commandé la 9ème Brigade d’infanterie de marine (Poitiers). Chef de la division « emploi des forces », l’officier général trois étoiles a été élevé « aux rang et appellation de général d’armée » à partir du 22 juillet.

mardi 6 juillet 2021

Le général Putz devrait être le prochain commandant des Forces armées en Nouvelle-Calédonie

 

Valéry Putz, alors colonel ©Armées

La nomination devrait être actée demain lors du Conseil des ministres. Le 30 juin, le général Valéry Putz a quitté la rue de l’Elysée à Paris où il a, durant quatre ans, servi à l’état-major particulier du président de la République. Il s’y est occupé des opérations, des conseils de défense et de programmation militaire. Il n’aura désormais plus face à lui « Le veilleur », tableau de Gérard Puvis mais la baie de l’Orphelinat. Le futur commandant supérieur des forces armées en Nouvelle-Calédonie (FANC) succédera au général Franck Barrera.
Né en 1970, ce saint-cyrien de la promotion Capitaine Hamacek (un légionnaire), issu d’une famille d’origine lorraine, a servi chez les képis blancs. Au 2ème régiment étranger d’infanterie (REI, Nîmes) qu’il a ensuite commandé (2014-2016). Il a également été affecté à la 13ème demi-brigade de Légion étrangère, alors à Djibouti. Il arrivera à Nouméa à un moment charnière de l’histoire du territoire. 
A Paris, son successeur est le colonel Jean de Monicault, un officier qui a commandé, de 2016 à 2018, le 2ème régiment étranger de parachutistes (REP, Calvi).