Des promesses d’un avenir meilleur au piège des usines de drones russes



Pensant améliorer leur quotidien et se forger un avenir, de nombreuses jeunes femmes africaines ont postulé au programme Alabuga Start. Ce dispositif tire son nom d’une zone économique spéciale située au Tatarstan, à environ 1 000 kilomètres à l’est de Moscou. Les publicités sur les réseaux sociaux, relayées par des influenceurs et parfois même par des ministères locaux de l'Éducation, leur font miroiter un avenir radieux : des bourses d'études, un logement gratuit, des cours de langue et une formation professionnelle en logistique, en hôtellerie ou en restauration. À cela s'ajoute la promesse d'un salaire mensuel attractif. Pour ces jeunes filles, pour la plupart âgées de 18 à 22 ans, l'offre se révèle particulièrement convaincante dans un contexte de chômage de masse dans leur pays d'origine.

Brutale réalité
Pourtant, dès leur arrivée à Alabuga, la réalité les rattrape brutalement. Ce que les recrues ignorent, c'est que le site dissimule en réalité une usine d'armement. Sans avoir leur mot à dire, elles se retrouvent affectées à l'assemblage de drones kamikazes Shahed-136 (rebaptisés Geran-2), massivement utilisés par la Russie pour frapper l'Ukraine. Ce ciblage exclusif de la main-d'œuvre féminine étrangère est cyniquement justifié par les dirigeants de l'usine, qui estiment que les femmes sont « plus faciles à gérer », « plus dociles » et dotées d'une « précision » nécessaire à ces tâches minutieuses. L’une de ces femmes, interviewée par l'agence Associated Press, qualifiait ainsi ce travail de « piège ».

Quotidien d'exploitation

Loin des promesses d'études supérieures, ces femmes travaillent de longues heures sous étroite surveillance. Manipulant des produits chimiques toxiques sans protection efficace, plusieurs d'entre elles souffrent aujourd’hui de graves brûlures cutanées. De plus, le mirage financier s'effondre rapidement : l'entreprise déduit massivement du salaire promis les frais de voyage, d'hébergement, de wi-fi et de cours de russe, ne leur laissant qu'une fraction de la somme annoncée. Coincées par l'obligation de rembourser ces frais si elles démissionnent, et parfois privées temporairement de leur passeport, beaucoup se sentent réduites à de l'esclavage moderne. Face à l'ampleur du scandale, la police du Botswana a ainsi récemment saisi Interpol pour suspicion de traite d'êtres humains. Actuellement, à Bangui, en Centrafrique, c’est la Maison russe qui pilote activement ce dispositif de recrutement, comme le révélait récemment le média Africa Intelligence.

Photo © Alabuga Start/Telegram

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