Denise Tavernier, mémoire de la rafle du Vel d'Hiv

Depuis quelques mois, Denise Tavernier s'appuie sur une canne pour marcher. A la suite d'une chute. Conséquence, elle ne sort plus seule. Mais à 95 ans, elle affiche une mémoire détaillée. 
Copyright : Henri Weill
Le 16 juillet 1942, assistante sociale stagiaire à la préfecture de police de Paris, elle est envoyée au Vel d'Hiv. La police française a arrêté des juifs étrangers réfugiés et leurs enfants. Cette rafle se poursuivra le lendemain. Ce sont 13 152 juifs dont 4 115 enfants qui seront détenus au Vélodrome d'hiver dans le XVème arrondissement avant d'être transférés dans les camps de transit de Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande (Loiret). La quasi-totalité mourra au camp d'extermination d'Auschwitz.
« Des gens étaient couchés par terre. D'autres se tenaient debout, gesticulant. De petits enfants, dans les bras de leur mère, pleuraient » se souvient soixante douze ans plus tard, Mme Tavernier. « Je suis alors abasourdie. Je porte ma tenue de la Croix Rouge, qui me permet de circuler normalement. On me demande à boire, à manger. Je me rends compte de mon inutilité ». Puis après un long silence, elle rajoute : « Ces enfants qui jouaient à « Chat perché » sont morts à Auschwitz. Vous vous rendez compte ! »
Denise Tavernier retourne à la préfecture, dans l’île de la Cité, rend compte à sa responsable puis est convoquée par un haut fonctionnaire du cabinet. Du haut de ses 23 ans, elle lance :
-        Il y a des moments où on est pas fier d’être français !
-        Vous dites ? interroge son interlocuteur
-        Je dis qu’il y a des moments où on a honte d’être français !
L’homme reste silencieux. Denise Tavernier : « Je m’enhardis encore. Je lui dis qu’il n’y a pas d’eau. Il répond qu’il va faire vérifier. » Le circuit d’eau potable sera réparé au bout de 36 h. L’entretien se termine par cette phrase prononcée par le haut fonctionnaire : « Si vous parliez trop, vous risqueriez d’être arrêtée... »
Le soir, Denise raconte cette terrible journée à sa mère. Celle-ci lui conseille de retourner au Vel d’Hiv afin d’apporter « une miette de réconfort à ces malheureux. » Ce que la jeune Denise fera. « Les gens ne cherchaient pas à s’évader, beaucoup avaient confiance ». Pas tous. Certains envisagent leur sort. En 1952, elle a décrit ces heures terribles dans un mémoire de quelques pages. Elle dit : « Sur le visage buriné de mon voisin coulent de grosses gouttes, des larmes sans doute lui balayent les joues, il tremble en s’approchant. Puis il me regarde avec des yeux hagards, il se retourne, son souffle chaud frôle ma nuque, il se met à hurler en me secouant violemment aux épaules.
-        Vous et vos pareils, mais tuez-nous, tuez-nous donc, vous n’avez pas honte, hein répondez-moi mais répondez-moi donc…»

Quelques jours plus tard, Denise Tavernier impuissante et indignée donnait sa démission.

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