Nouvelle Calédonie, apprivoiser le temps (commentaire)

A la question « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? », 56,4 % des électeurs ont répondu non et 43,6 % oui. Soit environ 25 000 voix d’écart. Ce scrutin a suscité un fort taux de participation et 80,63 % des électeurs se sont déplacé. Ils étaient 174 154 à être appelés à voter dans les 235 bureaux de vote des 33 communes calédoniennes.
Premier enseignement, tout le monde sort la tête haute de ce scrutin. Si leur score conforte les anti-indépendantistes, leurs adversaires peuvent considérer le leur comme parfaitement honorable. Si les indépendantistes avaient subi une humiliation -ce que certains sondages annonçaient- la situation serait certainement compliquée à gérer. Et il n’est pas singulier d’imaginer alors les extrémistes manifester leur mécontentement. Ce qui ramènerait la Calédonie 30 ans en arrière.
Cette consultation est également la confirmation que le clivage électoral se double d’un clivage géographique. La province Sud et Nouméa anti-indépendantistes, la brousse (province Nord et Loyauté) favorable à l’indépendance du territoire. Enfin il a permis de constater, dans la majorité des bureaux, que le vote est très tranché.
La prochaine étape qui s’annonce devra confirmer ce choix de rester au sein de la République. Il ne s’agit pas encore d’un deuxième référendum qui pourrait se dérouler d’ici deux ans (avant un troisième possible) mais des élections provinciales, en mai prochain. A Nouméa, il est ainsi envisageable que les partisans du dialogue entre les deux camps perdent des voix.
Le destin commun reste toujours à construire. Pour ceux qui, comme moi avons connu la séquence de guerre civile qui a longtemps été pudiquement nommée « événements », nous mesurons le chemin accompli. Aujourd’hui, date vraiment importante, les Calédoniens ont choisi le maintien au sein de la République, ce dont Emmanuel Macron s’est félicité dans une intervention à la mi-journée. Edouard Philippe qui sera demain en Calédonie offrira aux acteurs une nouvelle étape de négociation, qui pourrait se dérouler dans les semaines ou les mois à venir. Espérons que la Calédonie continue à savoir apprivoiser le temps.

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