Drakkar, un douloureux reportage

 

@Ministère des armées

Jeune journaliste, je suis arrivé à Beyrouth quelques heures après l’attentat contre Drakkar. A l’aéroport mon nom interpella la police aux frontières libanaise, un homonyme étant recherché. Une courte vérification et je pus sortir. Ce n’est là qu’un futile souvenir par rapport au motif de mon reportage : les 58 soldats français des 1er et 9e régiment de chasseurs parachutistes tués. Eux, ne pourront plus en égrener, ne pourront se ressouvenir.
De l’immeuble de huit étages, Drakkar, il ne reste rien sinon un trou énorme. Et le sang des pierres. Accompagné par une violente odeur de mort. Le site est d’une tristesse pénétrante. Comment ne pas penser à ces hommes majoritairement jeunes dont l’avenir a été irrémédiablement confisqué ce 23 octobre 1983 par le Hezbollah, l’Iran, la Syrie, immédiatement suspectés ? Un sauveteur extrait un portefeuille et regarde une photo de famille. Il pleure.
Ici, c’est la guerre depuis 1975*. A la résidence des Pins, où campent des militaires français et des observateurs internationaux, il est très difficile de se déplacer tant les combats entre factions, positionnées alentour, sont intenses.
Je passerai la soirée de ma première journée avec le lieutenant Balavoine. Nous avons parlé longtemps de son frère, Daniel. Dans sa jeep, nous faisons un tour dans Beyrouth. Le « circuit » des récentes embuscades subies par les troupes françaises ou américaines**. La nuit le sommeil est difficile car les armes ne se taisent pas.
55 militaires du 1er Régiment de chasseurs parachutistes et 3 du 9e avaient été acheminés dans le pays pour essayer de maintenir la paix, sous tutelle de l’ONU. La paix ? La leur est éternelle !


*Cette guerre durera quinze ans, jusqu’en 1990.
**Le 23 octobre 1983, 241 soldats américains ont été tués lors d’un premier attentat

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