Nouvelle enquête d'Ana Boyer



Sous la monarchie de Juillet, en 1836, le député Adolphe d'Angeville, expliquait que dans les Hautes-Alpes, pour 100 enfants trouvés qui atteignent l'âge de douze ans, il en meurt 74. Mais que le département n'était pas le plus « immoral » de France.
190 ans plus tard, l’histoire racontée par Bruno Carpentier dans 
« Le silence des louves »  prend forme avec la disparition d’une enfant de 3 ans. Le réflexe immédiat du lecteur est de penser à celle du petit Emile, dans les Alpes-de-Haute-Provence voisines. L’auteur, qui réside dans cette vaste région provençale, a été en fait rattrapé par ce terrible fait divers. Mais il avait commencé son travail documentaire lorsque l’enfant a disparu, le 8 juillet 2023. Et il s’est bien gardé de consulter la cellule « Emile » de la section de recherches de la gendarmerie de Marseille afin de ne pas influencer sa narration.

Monstruosité

Bruno Carpentier nous guide patiemment dans un hameau isolé de cette terre alpine, occupé par une famille de dégénérés où la tyrannie des uns ne subsiste, de générations en générations, que grâce à la pusillanimité des autres. Une famille scélérate dirigée au moment des faits (en 2010) par un monstre dont la peau cache un coeur machiavélique. Mais il n'est pas le seul.
Ce huis clos intergénérationnel imaginé par cet ancien officier supérieur de la Légion étrangère qui sert aujourd’hui dans la réserve opérationnelle, se déroule dans la vallée du Queyras. Il a pour postulat, la résilience des femmes. Il s’agit, en fait, de plusieurs résiliences. Qui peuvent être contraires. Mais développer serait entrer trop profondément dans l’histoire. Mieux vaut laisser le futur lecteur s’engager dans le dédale des secrets de familles qui peuvent être, comme ici, parfois monstrueux.

Travail abouti
Ce nouvel ouvrage me parait le plus abouti des romans noirs de Bruno Carpentier. Qui a choisi d’accompagner, une nouvelle fois, Ana Boyer, l’officière de gendarmerie tourmentée. Dont la caractéristique est d'être efficace malgré l’adversité. L’entoure une galerie de personnages parfaitement portraiturés et détaillés avec adresse. De même que les paysages rendus proches. Disons le simplement, ces 344 pages se dévorent.

 Bruno Carpentier « Le silence des louves », Melmac, 21,90 €

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