Philippe François incarcéré à Madagascar, le silence des autorités françaises (2/2)

 

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Depuis plus d’un an, les autorités françaises sont silencieuses. Contacts diplomatiques, contacts informels d’autres sources, les canaux existent. Mais rien ne transparait. Cette absence de communication officielle, d’interlocuteurs institutionnels choque la famille et les amis de Philippe François dont ses anciens camarades de Saint-Cyr. « Mon père reçoit toutes les six semaines uniquement, une visite consulaire» déplore sa fille Constance. Ce sont ses deux avocats sur place qui le ravitaillent. Il a perdu 20 kg. Son comité de soutien https://www.soutenons-philippe.fr/ présidé par l’académicien Jean-Christophe Ruffin poursuit sa mobilisation, essayant d’alerter un maximum de personnes sur le « sort inique » réservé au prisonnier de Tsiafahy, établissement pénitentiaire situé à une trentaine de km d’Antananarivo. 

Une prison dans la prison
Paul Maillot, condamné lui aussi dans cette abracadabrantesque affaire « Apollo 21 », dans un message transmis il y a deux mois à la plateforme de diffusion d’informations sur les prisons dans le monde, Prison insider, raconte son quotidien dans le même établissement : « C’est toujours à l’isolement que j’exécute cette peine alors que nous aurions dû rejoindre un quartier de droit commun. Le quartier spécial de l’isolement est en effet réservé aux prisonniers punis disciplinairement pour une courte durée, et est considéré comme “la prison dans la prison” (…) Tout est lourd ici, comme l’atmosphère étouffante que dégagent 1 000 prisonniers entassés dans quatre quartiers prévus pour 500, quand certains en accueillent 200 pour 50 places... »

Otage ?
« Vous savez, mon père est un otage politique » ne cesse de clamer Constance Wagner François. Il est vrai que si François et Maillot sont de dangereux conspirateurs, le verdict de première instance ne correspond pas aux faits reprochés. « La peine envisageable en toute logique serait perpétuité » commente un avocat international. D’autres pistes se font jour. Andy Rajoelina, « le maître des désillusions » titrait le 22 juillet dernier le quotidien Le Monde, ce président « qui continue de faire des promesses tous azimuts alors que la Grande Ile s’enfonce un peu plus dans la misère » a-t-il exploité une situation lui permettant de régler quelques comptes avec la France (dont il possède la nationalité) ? « Le petit », l’un de ses sobriquets, ce chef d’État qualifié également « d’autocrate infantile et mégalomane », a-t-il voulu par cette arrestation d’opportunité, peser sur les négociations avec Paris concernant les îles Eparses* ? 

Un écran de fumée ?
Une revendication malgache ancienne sur ces îles françaises ne dépassant pas 43 km² mais dont l’ensemble représente 640 400 km² soit 6 % des eaux territoriales françaises. Classées par Paris « réserve naturelle nationale » en 2021, la décision a été très mal vécue par le président qui a vu là un filon nationaliste à exploiter. La population, elle, ne semble absolument pas en faire un casus belli. Toutefois « les tensions sur les Eparses n’ont pas entamé le soutien financier de la France, qui demeure le deuxième donateur, derrière les Etats-Unis » précisait dans son reportage, Le Monde. A dix-huit mois de l’élection présidentielle, Rajoelina est aux abois. « Il n’a à l’étranger, le soutien de personne. Ni même de Moscou et de Pékin, bien présents à Madagascar. Alors, il a trouvé, à travers Philippe François, une occasion de faire pression sur la France » décrypte Rémy Lescure, porte-parole du comité de soutien. « Les îles Eparses, c’est un écran de fumée... »
Dans ce contexte méphitique, Philippe François est-il une monnaie d’échange ? Contacté l’entourage du président malgache n’a pas donné suite à nos sollicitations. Pas plus que le Quai d’Orsay.

* Des îles qui se répartissent du canal du Mozambique (archipel des Glorieuses, Huan de Nova, Europa et Bassas da India) au nord de la Réunion (Tromelin).



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