Mgr Piguet, évêque discuté de Clermont-Ferrand


@DR
Le titre du livre qui lui est consacré quarante-huit ans après sa mort, résume parfaitement ce que fut le prélat : Monseigneur Piguet, un évêque discuté*. Une pudeur, une litote pour me pas dire "controversé".
Né en 1887, Gabriel Piguet devient en mars 1934 évêque de Clermont-Ferrand. Il est le centième. En 1940, il reconnaît, comme la majorité du clergé, le maréchal Pétain (son voisin), comme l’homme providentiel. Le 29 septembre 1940, il signe l’éditorial de La Croix d’Auvergne dans lequel il explique que « La rénovation nationale, indispensable aux yeux de tous, ne doit pas se heurter à l'opposition camouflée de ces parasites qui regrettent le temps d'une influence disparue, qu’il s'agit pour eux de rattraper par des manoeuvres sournoises. Ce n’est plus la période des insectes ailés et gloutons. C’est la période des larves rampantes... ». L’hebdomadaire, publie le 13 octobre une lettre de l’évêque de Clermont paru dans le Bulletin de l’Enseignement libre du diocèse : « Le souffle d'en-haut, patriotique, humain inspiré de la morale chrétienne et de la devise : Famille, Travail, Patrie, anime à n’en pas douter, l'esprit, les décisions, les réformes du Maréchal Pétain ». Nouvel exemple parmi d’autres, le zèle laudateur de Mgr Piguet se manifeste deux semaines plus tard dans l’éditorial « Le père de nos pères » qu’il signe dans La Croix d’Auvergne : « L’exemple du grand Chef dont la vigoureuse vieillesse s'avère capable de toutes les renaissances pour le bien de la Patrie, est le vivant symbole du don de soi demandé aux jeunes Français ».
Mgr Piguet fut l’homme de son temps, celui de l’obéissance à Vichy manifestée par l’église catholique. Celui où une majorité de l’épiscopat  s’engagea dans le champ politique. Après deux années d’occupation, il fut de ceux, semble-t-il, qui manifestèrent un sursaut.

Juste parmi les nations
Arrêté devant ses fidèles par les Allemands, le dimanche de Pentecôte 1944, l’évêque de Clermont-Ferrand est envoyé au Struthof puis à Dachau. On lui reproche, explique son biographe Marc-Alexis Roquejeoffre « de n’avoir pas donné l’autorisation à la Gestapo d’installer une antenne de transmission sur les tours de la cathédrale. On lui reproche aussi d’avoir fait protéger un prêtre nommé Jean Gay, de son vrai nom, Jean de Viry, résistant alsacien réfugié en Auvergne. On lui reproche enfin d’avoir usé de son autorité auprès des institutions religieuses catholiques du diocèse pour cacher plusieurs adolescents juifs ». Dans le camp de concentration bavarois, il fera clandestinement prêtre un jeune diacre allemand, Karl Leisner, qui mourra peu après la libération du camp. Rentré en Auvergne, Mgr Piguet mourra lui en 1952. Cinquante ans plus tard, il fut fait Juste parmi les nations par Israël.

*Ecrit par Marc-Alexis Roquejeoffre et le père Martin Randanne.

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