Nouvelle-Calédonie (3) 1988, l’assaut à Ouvéa, la victoire de François Mitterrand, l’amnistie…

Le troisième et dernier référendum destiné à déterminer l'avenir de la Nouvelle-Calédonie se tiendra d'ici octobre 2022. A quelle date ? Une proximité avec la présidentielle en ferait, potentiellement, un enjeu de l'élection. Et rappellerait 1988. Voici le dernier volet de souvenirs de la Calédonie au coeur de ce que l'on appelait alors, avec d'infinies précautions, "les événements".

Ouvéa, avril 1988 © A.P.

A Gossanah (Ouvéa) le jeudi 5 mai 1988, l’assaut est donné à la grotte où sont retenus les derniers otages. Onze gendarmes détenus dans le sud de l’île depuis l’attaque de la gendarmerie de Faya-Oué, ont été libérés le 25 avril. Les autres ont été conduits à Gossanah. Des membres du GIGN sont également devenus otages pour éviter le pire, ainsi que Jean Bianconi, substitut du procureur de la République, qui est toutefois autorisé à sortir afin de servir de médiateur. Deux jours avant l’assaut, le magistrat introduira deux revolvers collés sur son ventre ainsi que des balles et des clés pour les menottes. Comme il pleut, il revêt un ciré. Il n’est pas fouillé à son arrivée. Le commandement du dispositif a été confié au général Vidal, patron des FANC (Forces armées de Nouvelle-Calédonie). Etrangement pour une mission sur le territoire national, les forces qui mèneront l’assaut sont composées d’éléments du 11ème régiment parachutiste de choc (11ème choc, bras armé du SDECE puis de la DGSE, dissous en 1993), du commando Marine, Hubert et du GIGN. Dans cet entre-deux tours de la présidentielle, le Premier ministre de cohabitation Jacques Chirac attend un dénouement rapide. Et espère qu’électoralement, celui-ci pèsera trois jours plus tard.
Ce 5 mai, le premier assaut a lieu à 6h25. Le second à 12h30. Les forces de l’ordre obtiennent la reddition des preneurs d’otages. Ceux-ci sont sains et saufs. Une heure plus tard, 8 preneurs d’otages sont évacués. Parmi lesquels Alphonse Dianou. Pourtant ultérieurement, celui-ci sera comptabilisé au nombre des morts…car il s’est passé beaucoup de choses entre-temps. Deux autres indépendantistes auraient également été tués après l’assaut.

Armes saisies après l'assaut, 5 mail 1988 © A.P.

Le bilan est lourd : 19 indépendantistes, 2 militaires du 11ème choc tués. Les Accords de Matignon sont signés le 26 juin 1988, grâce à la pugnacité du Premier ministre Michel Rocard et la volonté de Jacques Lafleur (anti-indépendantiste) et Jean-Marie Tjibaou (indépendantiste).
Le dimanche 8 mai, François Mitterrand l’emporte sur Jacques Chirac avec 54,02% des suffrages exprimés. Ensuite, le législateur fera bénéficier tous les acteurs d’une amnistie, contenue dans la loi référendaire approuvée lors du référendum (national) du 6 novembre 1988.

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