Oscar Heisserer, l'alsacien oublié



Les photos sont souvent jaunies par le temps. L’expression contemporaine, « il est sorti des radars » résume l’effet des années sur la mémoire. Pourtant, il est de ceux qui ont marqué leur époque. Par leur comportement, par leur profil.

Oscar le footballeur
Sportif en l’occurrence pour Oscar Heisserer. Ce fils de boucher naît à Schirrhein en 1914. Aujourd’hui commune du Bas-Rhin mais celle-ci est alors allemande. Son père est haltérophile, Oscar deviendra lui footballeur. FC Bischiwiller puis Racing de Strasbourg et le jeune espoir devient professionnel tout en travaillant dans une banque.
En 1937, le Racing club de Paris le recrute. Pour 150 000 francs. Le plus gros transfert de l’époque. L’inter gauche (milieu relayeur actuel) remporte deux coupes de France (1939 et 1940). Depuis 1936, Heisserer joue en équipe de France.

La guerre

Mobilisé sur la ligne Maginot, il est démobilisé en 1940. Les Allemands suppriment le statut professionnel pour les joueurs français. Il devient gérant d’un bar tabac et continue à jouer avec le Racing Club de Strasbourg devenu Rassensport Club Straßburg qui évolue dans la ligue allemande. Les nazis posent leurs conditions à ce jeune père de famille : intégrer le Sportgemeinschaft SS Strassburg, devenir entraîneur de l’équipe d’Allemagne ou être incorporé de force dans la Wehmacht, expliquait, en 2024, France 3 Grand Est.

Fuite
Oscar Heisserer qui refuse toutes ces propositions fuit en Suisse en 1943. Sa fille Danièle raconte à France 3 : « Là ça devient romanesque. Papa, pour protéger maman qui était enceinte de Francine, organise un faux divorce et fait croire qu'il la quitte pour une danseuse espagnole. Elle est allée porter plainte pour abandon de famille. C'est passé de justesse, toute la famille a été interrogée quand papa est parti, les nazis voulaient les envoyer à Schirmeck*. Plus tard, à la naissance de Francine, elle ira la déclarer comme étant la fille d'un officier allemand ».

Armée française

En août 1944, le voilà engagé dans l'armée française. Il participe à la libération de l'Alsace et entre dans Strasbourg. Oscar se remarie avec sa femme et regagne immédiatement son club à Paris. Il y remporte la Coupe de France le 6 mai 1945. Retrouve l’équipe de France puis enfin la Racing Club de Strasbourg.
1948, après avoir honoré sa 25e sélection nationale, une nouvelle vie commence. Il devient entraineur de l’Olympique lyonnais puis de Strasbourg. Et enfin cordonnier à Colmar. Où il créé avec un autre ancien joueur « la première chaussure de football à bout mou, qui comporte une ébauche de crampons vissés ».
Oscar Heisserer décédera en 2004, à l’âge de 90 ans.

*camp de "sûreté" nazi situé en Alsace

Photo : ©FFF

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