Où va la Nouvelle-Calédonie ?

@NC la 1ère


Demain à Nouméa deux cortèges manifesteront à quelques rues d’écart. Motif, le possible dégel du corps électoral. L’un à l’appel des indépendantistes (sit-in) hostiles à cette éventualité, l’autre des loyalistes qui sont favorables à une Calédonie dans la République. L’objectif de ces derniers, est de soutenir le projet de révision constitutionnelle récemment adopté au Sénat et qui doit encore être voté à l’Assemblée nationale puis ensuite au Congrès de Versailles. Texte qui prévoit d'élargir le corps électoral en vue des prochaines élections provinciales (à priori avant le 15 décembre prochain)*.

Le poids des mots
Pour les premiers résolument hostiles à cette éventualité, les propos utilisés sont âpres : « Au Sénat, les élus parlent d’exigence démocratique. Mais maintenir la colonie de peuplement en Kanaky, est-ce une exigence démocratique ? » explique un porte-parole de l’Union Calédonienne. Formation indépendantiste qui, il y a quelques heures, jugeait dans un communiqué que « Le peuple doit être uni face à l’État Macron qui a renoué avec son ADN colonial ». Pour les seconds, « Cette marche, elle est là pour que Paris comprenne qu’on est là, que le dégel n’est pas négociable. Qu’on a décidé de rester Français trois fois**, et qu’on ne reculera pas » notait hier Sonia Backès, présidente de la province Sud (Nouméa) et ancienne secrétaire d’État à la citoyenneté (jusqu’en octobre 2023). Pour sa part, l’autre courant anti-indépendantiste, Calédonie Ensemble « regrette la tenue de ces manifestations » et demande à Paris la création d’une mission du dialogue, sur le modèle de celle créée par Michel Rocard en 1988 et dirigée alors par le préfet Christian Blanc.

Trésoreries exsangues
Ce qui ne serait qu’un épisode de plus dans la longue et complexe vie politique du territoire doit être intégré dans un ensemble politique, économique et social devenu inextricable. Ainsi, la filière nickel (un quart des emplois du secteur privé) et ses trois usines (dont l’une est à l’arrêt) est au plus mal. De multiples facteurs, depuis des dizaines d’années ont conduit à cette situation dramatique. En outre, le cours bas du nickel ne pousse guère à l’optimisme. Un malheur n’arrivant jamais seul, le manque de trésorerie du pays, un système de protection sociale en très mauvaise santé financière... et des violences sporadiques sur le territoire (grande terre et îles) rendent les plus optimistes taciturnes. De quoi aiguiser des appétits étrangers...

Ceux qui comme moi ont couvert l’actualité calédonienne des tragiques années 80 nourrissent de plus en plus de craintes quant à l’avenir apaisé de la Nouvelle-Calédonie. Vu de Paris, toutes les conditions sont réunies pour que l’orage éclate.

* " Le corps électoral pour les élections au Congrès et aux assemblées de province est restreint aux électeurs qui, inscrits sur la liste électorale générale de Nouvelle‑Calédonie, y sont nés ou y sont domiciliés depuis au moins dix années ". Selon Gérald Darmanin, les simulations montrent que s'ajouteront aux listes 12 441 natifs qui ne votent pas et 13 400 non natifs résidant depuis plus de dix ans sur le territoire. On atteint ainsi le nombre de 25 000 nouveaux électeurs.

**Trois référendums.

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