Myriam Fillaud, du ministère de la défense à la justice antiterroriste
« Reçu ». Myriam Fillaud recourt volontiers au vocabulaire militaire pour valider la réception d’une information. Un esprit déductif l’expliquera sans peine : mariée à un officier de gendarmerie, sœur d’un aîné parachutiste réserviste du 8e RPIMA devenu policier à la BAC (primo-intervenant au Bataclan le 13 novembre 2015), elle a débuté sa carrière de juriste au ministère de la défense (alors ainsi nommé).
Master et bourse
Mais revenons à l’aurore de cette carrière. Master 2 à la faculté de Caen, dont elle sort major, avec une spécialité affirmée qui construira la suite : le droit des conflits armés. Le droit humanitaire n’est jamais bien loin non plus. S’enchaînent plusieurs stages : au greffe du Tribunal pénal international (La Haye), au bureau du Comité international de la Croix-Rouge à Dakar, à l’état-major des armées à Paris. Un moment clé de cette période est la bourse accordée par la Fondation Bleustein-Blanchet pour la vocation, obtenue en 2004, qui lui aura permis de se rendre aux États-Unis et au Sénégal.
Passionnée
La carrière de cette désormais quadragénaire s’est construite rationnellement et surtout avec une caractéristique qu’elle souligne souvent : « la passion ». Qui l’accompagne lorsqu’elle intègre la direction des affaires juridiques du ministère de la défense (2005), puis lors des quatre années passées au Kosovo, dans le cadre d’une mission internationale « Émergence de l’État de droit ». Même intensité ressentie lors de la mission onusienne à Kinshasa dans le cadre de la MONUSCO — un mandat complexe (2011-2013). Après la RDC, la direction semble tracée : ce devrait être le Soudan…
ENM
Mais les trajectoires conduisent parfois vers d’autres rivages. Pour Myriam Fillaud, ce sont ceux de la Garonne à Bordeaux. Admise à l’École de la magistrature (ENM), « je réalise alors un vieux rêve » explique-t-elle aujourd’hui. Après sept années de « baroud », la juriste se convertit en 31 mois en magistrate. Premier poste : la Martinique, où la substitute du procureur de la République « s’aguerrit », pour reprendre l’expression utilisée par la native de Pornic (Loire-Atlantique). Puis, en 2019, à sa création, Myriam Fillaud postule pour le Parquet national antiterroriste. Recrutée, son nouveau quotidien consiste à lutter contre l’impunité des crimes internationaux, avec compétence quasi-universelle. « C’est l’héritage de la justice de Nuremberg et de Tokyo » explique-t-elle.
2022
Cette année-là marque une autre étape, essentielle, dans la carrière de cette maman de deux enfants. Un détachement afin d'occuper les fonctions d'assistante spéciale du chef de « l'équipe d'enquête des Nations unies chargée d'amener l'État islamique en Irak et au Levant à répondre de ses crimes » (UNITAD), avec des bureaux à New York et Bagdad. Suit son retour à Paris, au sein du département antiterroriste de la cour d’appel, comme chef adjointe. Un poste dans lequel cette passionnée s’épanouit.
IHEDN
L’un de ses premiers engagements fut de requérir contre Kunti Kamara, ex-commandant rebelle libérien, condamné en appel à 30 ans de réclusion criminelle pour des actes de torture et complicité de crimes contre l’humanité survenus lors de la guerre civile au Liberia. La jeune femme passe une partie de son été à préparer le procès en appel d’un membre de l’État islamique où, à nouveau, elle sera chargée de requérir.
Dans ce livre personnel que nous parcourons, un retour vers les armées (présentes toutefois depuis la page de garde) s’impose : c’est l’Institut des hautes études de la défense nationale. « 76e promotion, politique de défense (2022-2024) » note-t-elle avec entrain. « L’IHEDN m'a apporté un souffle intellectuel qui m’a fait beaucoup de bien ». Sa maxime privilégiée : « Faire face ». C’est aussi la devise de l'Ecole de l’air et de l’espace, également utilisée au 1er régiment de spahis.
