A7A5 : La cryptomonnaie au service de l'économie de guerre russe



A7 ? Il ne s’agit pas d’un tronçon autoroutier, mais d’un réseau destiné à contourner les sanctions qui frappent la Russie, reposant sur une cryptomonnaie adossée au rouble : l’A7A5. C’est un « stablecoin », à savoir une monnaie numérique dont la valeur est rattachée à un actif de référence stable.

Ilan Shor
Le réseau A7 a été créé en 2024 par Ilan Shor, un oligarque d’origine moldave, réfugié depuis 2019 à Moscou et condamné par contumace à quinze ans de prison à Chisinau pour le détournement d’un milliard de dollars par le biais de montages bancaires frauduleux. Cet ancien élu, accusé d’avoir joué un rôle dans les ingérences électorales russes en Moldavie, fait l’objet de sanctions de l’UE. Ilan Shor dispose d’une double nationalité israélienne et moldave ; il est également devenu citoyen russe en 2025.

A7-PSB

Shor détient 51 % des parts d’A7. Les 49 % restants sont la propriété de la PSB, une banque d’État russe connue pour travailler avec le secteur de l’industrie de défense. Elle est dirigée par Petr Fradkov, dont le père a été Premier ministre de Vladimir Poutine (2004-2007) avant de prendre la tête du renseignement extérieur russe (SVR, 2007-2016). Son frère, Pavel, est quant à lui vice-ministre de la Défense.
A7 est un ensemble de sociétés interconnectées formant un écosystème nébuleux. Une partie de ces sociétés est domiciliée au Kirghizistan, ce qui permet notamment d’offrir une alternative au système SWIFT, dont la Russie est exclue depuis le début de la guerre en Ukraine. Selon le média russe en exil Proyekt, « A7 représente actuellement environ 15 % de toutes les transactions monétaires transfrontalières ». La Compagnie commerciale de la République kirghize aurait utilisé les systèmes d'A7 pour payer secrètement des livraisons de gaz russe à la Turquie à la suite des sanctions imposées à Gazprombank. Le réseau aurait également facilité la vente de pétrole russe.

Les clients
Une fuite récente de documents permet de dresser une liste partielle des clients d’A7. On y trouve pêle-mêle le géant de l'e-commerce Wildberries, des fabricants de drones comme ID Solutions, Rustakt, Transport Budushchego, Bespilotnye Sistemy et Legion Komplekt, ainsi que Mavitech LLC, une société sanctionnée par l’UE depuis avril 2026 pour sa participation aux activités du complexe militaro-industriel russe. Parmi les visages de cette galaxie de clients figurent l’oligarque Roman Abramovich (
ancien président du club de football anglais de Chelsea), Nikolai Patrushev (secrétaire du Conseil de sécurité de Russie de 2008 à 2024), Leonid Mikhelson (PDG de Novatek, gaz naturel), Arkady Rotenberg (dont les sociétés ont obtenu, depuis 2014, des marchés publics pour un montant total de plus de 7 milliards de dollars), ainsi que Vladimir Yevtushenkov, qui contrôle le conglomérat Sistema (présent dans l’agriculture, l’énergie, l’industrie pharmaceutique, l’électronique, le tourisme, le militaire, le forestier, l’information et la communication…).
L’A7 aurait ouvert
 deux bureaux en Afrique à la fin de l’année dernière, au Nigeria et au Zimbabwe, deux pays qui entretiennent une proximité économique avec la Russie. Le réseau cherche également à se développer au Togo et à Madagascar.

Illustration générée par IA : ©ChatGPT