Protéger ses intérêts à l’étranger, le recours de Pékin aux SMP
Elles s’appellent Beijing Huayuan, China overseas, China security and protection group, HuaXin Zhong An, VSS... Cette dernière, fondée en 2002, assure en Chine la protection des personnalités du parti communiste chinois (PCC), de l’Armée populaire et du gouvernement. Ces sociétés appelées localement « entreprises de services de sécurité et de défense » (ESSD), qui n’ont pas la même renommée que les sociétés militaires privées (SMP) occidentales ou russes, ont pour point commun d’opérer en Afrique.
Aller à l’extérieurCes ESSD fonctionnent « en miroir de la géopolitique et de et la politique extérieure de la république populaire de Chine » explique dans un article le géographe Emmanuel Véron, publié dans La Chine hors les murs, lettre des conseillers français du commerce extérieur. Dans le contexte chinois de la Belt and road initiative (BRI) et de l’Initiative pour la sécurité globale (ISG) ces sociétés se sont développées explique ce sinologue, également enseignant chercheur associé à l’Ecole navale. « Pékin a d’abord envisagé de s’inspirer de modèles occidentaux comme Blackwater puis du modèle russe incarné par le groupe Wagner avant de rejeter durablement ces deux approches jugées incompatibles avec le principe fondamental du PCC selon lequel "le parti contrôle les armes". » Ce qui n’empêche pas un partenariat sino-russe et ainsi de fournir « un soutien technologique au groupe russe (notamment satellitaire) et des équipements contournant les sanctions, auxquels il faut ajouter des partenariats institutionnels entre SMP chinoises et russes depuis les années 2010 » remarque Emmanuel Véron.
25 SMP déployées à l’étranger
En 2024, la Chine comptait 18 000 sociétés de sécurité en Chine si l’on en croit les chiffres du ministère de la sécurité publique (MSP) employant entre 7 et 9 millions d’employés. Parmi elles, 25 (250 000 opérateurs) seraient déployées à l’étranger et certaines dans des zones instables (Pakistan, Afghanistan, Afrique). Leur engagement : formation, protection, renseignement, influence. Politiquement, Pékin ne manque jamais de mettre en avant le rôle de la Chine en tant que fournisseur de sécurité mondiale.
Outils d’ingérence
Dans la typologie des SMP « un nombre croissant joue un rôle plus actif, notamment en collectant des renseignements et en menant des opérations de surveillance de menaces potentielles » écrit Paul Nantulya, du Centre d’études stratégiques pour l’Afrique dans un article pour la Fondation Carnegie pour la paix. Dans un autre article, Alessandro Arduino, professeur affilié au Lau China institute du King’s college de Londres pour la plateforme War on the rocks constate toutefois que la politique de non-ingérence de Pékin est « de plus en plus sujette a débat » et que dans ce monde de plus en plus cahotique, ces sociétés militaires privées « pourraient prendre de plus en plus de poids dans la politique étrangère de Pékin ».
Illustration : ©Hua Xin Zhong An/WeChat
