jeudi 25 février 2021

La Légion s'européanise

  

©GRLE

La crise sanitaire perturbe le recrutement de la Légion. Si les mesures contraignantes de circulation empêchent les étrangers de se présenter dans les habituelles proportions, beaucoup de militaires en fin de contrat ont choisi, en 2020, de renouveler un contrat face aux incertitudes du marché civil de l’emploi. Ainsi les objectifs de l’année dernière, soit 1200 postes, ont été atteints. Cette année, la barre est encore plus haute : 1400 recrutements. D’autres personnels en fin de contrat renouvelleront mais l’objectif ne sera pas simple à atteindre. D’autant que les recruteurs de l’institution constatent un tarissement des habituels candidats venus d’Amérique du Sud. Comme les Brésiliens ou les Colombiens.

Nouvelle tendance

La Légion s’européanise du fait de ces difficultés de circulation. Avec une nouveauté, des recrues issues d’Europe occidentale. Le flux français lui, atteint, un taux qui correspond aux critères attendus depuis de nombreuses années : 14 %.Un chiffre obtenu grâce au travail fourni par les neuf postes d’information de la Légion (PILE) en province mais aussi par le bureau d’information de Papeete. 8 Polynésiens ont ainsi intégrés les képis blancs depuis le 1er janvier dernier et 60 candidats sont en attente. Le Groupement de recrutement de la Légion étrangère (GRLE, Fontenay-Sous-Bois, Val-de-Marne) attend beaucoup également du nouveau BIRLE qui, d’ici un mois, va ouvrir ses portes à Saint-Denis à la Réunion. Quatre réservistes y ont été recrutés et sont en train d’être formés au recrutement par deux sous-officiers, en mission de courte durée. Le lieutenant-colonel Prenveille, commandant du GRLE est impatient de voir arriver les premiers postulants. Enfin, une constante : les Népalais. Malgré les difficultés à voyager, ceux-ci continuent à se présenter, documents en règle.

lundi 22 février 2021

RDC, l'ambassadeur d'Italie tué dans une attaque au Nord-Kivu

 

 ©Ministère italien des affaires étrangères

Agé de 43 ans, Luca Attanasio était l’un des plus jeunes chefs de poste du réseau italien des affaires étrangères. Ce matin, il a été tué avec son garde du corps et un chauffeur congolais du Programme alimentaire mondial (PAM) lors d’une attaque menée par des hommes armés dans le Nord-Kivu. L’attaque aurait eu lieu vers 10h15 (heure locale) sur un tronçon routier entre Goma et le parc de Virunga, connu pour être un une zone abritant des milices, des rebelles rwandais et des bandes criminelles. Le diplomate est décédé à l’hôpital où il avait été transporté. Le carabinier Vittorio Iacovacci qui l’accompagnait était lui âgé de 30 ans. Aucune précision quant à l’identité et l’âge de la troisième victime. Luca Attanasio était ambassadeur auprès de la République démocratique du Congo (RDC) depuis le 31 octobre 2019.

jeudi 18 février 2021

Le Service historique de la défense créé son prix des lecteurs

Destiné à récompenser un ouvrage d’histoire militaire paru l’année précédente en langue française, ce premier prix sera attribué par les lecteurs à l’un des 10 ouvrages retenus par un comité de sélection. Ouvert à tous, le vote se déroulera du 1er mars au 31 mai prochains, via un formulaire disponible sur le site internet du SHD : www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/actualites/prix-des-lecteurs-du-service-historique-de-la-defense, ou via un bulletin proposé dans les salles de lecture du SHD. Les dix livres sélectionnés sont :

-       Prisonniers de guerre. Vivre la captivité de 1940 à nos jours, Evelyne Gayme, Imago.

-       S’adapter pour vaincre, comment les armées évoluent, Michel Goya, Perrin.

-       Les maquisards, combattre dans la France occupée ; Fabrice Grenard, Vendémiaire.

-       Un adieu aux armes ; destins d’objets en situation de post-guerre, Patrick Harismendy, Erwan Le Gall (direction), Presses universitaire de Rennes.

-       Distinguer et soumettre, une histoire sociale de l’armée française 1872-1914, Mathieu Marly, Presses universitaires de Rennes.

-       L’art et la bataille, les campagnes d’Italie, 1800 et 1859, Aude Nicolas, éditions Bernard Giovanangeli.

-       Devises de l’armée française, de l’Ancien Régime au XXIème siècle, Alban Peres, Arcadès Ambo.

-       L’appel de guerre, des adolescents au combat, 1914-1918, Manon Pignot, éditions Anamosa.

-       Etre soldat de Hitler, Benoît Rondeau, Perrin.

-       Les désorientés : expériences de soldats français aux Dardanelles et en Macédoine, 1915-1918, Francine Saint-Ramond, Inalco Presses.

mardi 16 février 2021

L'ex-otage Edith Blais, détenue 450 jours par les djihadistes raconte

 

 ©Radio-Canada

Otage pendant 450 jours des djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), la québécoise Edith Blais a réussi à échapper aux geôliers qui la détenaient, en compagnie de l’italien Lucas Tachetto. Détention qu’elle décrit dans Le Sablier (Les éditions de l’Homme). Elle raconte dans ce livre qui paraîtra demain au Canada et le 15 avril en France, comment le 12 mars 2020, alors qu’une tempête de sable se lève, elle a réussi, avec son compagnon, à s’évader. "Selon nos calculs, on avait 80% de chances d’être rattrapés, 10% de chances de se perdre et de mourir de soif et 10% de chances de réussir" détaille la jeune femme de 36 ans. Durant ces dix heures de marche dans le désert, elle se foule une cheville. Lucas Tachetto, lui est pieds nus. Pourtant, la couple réussira dans son entreprise. Avec la protection de la chance. Première manifestation de celle-ci : ils arrivent à retrouver la route Kidal-Tombouctou qu’ils souhaitaient rejoindre. Ensuite, un chauffeur routier accepte de les embarquer bien qu’il soit conscient, précise l’autrice, de leur statut d’otages en cavale. Surtout, le camion est contrôlé par des djihadistes. Edith et Luca "enturbannés" sont sauvés par le camionneur qui ment sur leur origine. Celui-ci parvient ensuite, à les déposer devant le siège de la Minusma à Kidal. Ces deux voyageurs avaient été kidnappés le 17 décembre 2018 au parc national W, au Burkina Faso (frontière avec le Bénin). "Cela a été notre erreur. On nous avait dit qu’il y avait des éléphants...pas des djihadistes."

samedi 13 février 2021

L'après COVID imposera-t-il une nouvelle politique de commémoration ?

 ©DR

L’après-COVID nécessitera-t-il de repenser certains pans de la politique économique et sociale ? Ainsi le nombre de jours fériés liés aux grandes guerres, comme le 11 novembre et le 8 mai ? Cette dernière date ne l’est toutefois plus tout à fait. Mais le 11 novembre, si. La question pourrait se poser. Surtout dans un contexte où les commémorations nationales, comme le constatait le rapport Kaspi en 2008, n’attirent pas les foules. L'objet du jour férié est mis à mal. Paradoxalement depuis 1999, les journées commémoratives se sont multipliées : 6 ont, en effet, été créées depuis la fin du XXème siècle. Ce qui fait que nous en sommes à 12. Ces dates n’en restent pas moins précieuses pour transmettre des repères historiques, des valeurs (comme l’engagement) et pour contribuer à façonner une identité républicaine avec l’objectif de rassembler les citoyens. Il s’agit en somme aujourd'hui d’inventer pour mieux impliquer. Mais pas forcément besoin de jours fériés pour cela. Si le 14 juillet fait figure d’intouchable, en revanche pour les deux autres… Mais la bataille en coulisses risque d'être âpre.

jeudi 11 février 2021

Vétéran de l'évacuation de Dunkerque, l'ONA II en vente

 ©Interenchères

Ce petit yacht de 11 mètres, construit en 1931 par un chantier naval anglais, a participé comme nombre de navires -qui composèrent une flottille hétéroclite- à l'opération DynamoIl s'agit de la gigantesque opération d'évacuation des troupes anglo-canadiennes, belges et françaises bloquées à Dunkerque, vers la Grande-Bretagne, du 26 mai au 4 juin 1940. 338.000 militaires purent quitter les plages. Deux jours après le début de l’évacuation des bateaux civils, yachts, bateaux de pêche, navires de plaisance tentèrent de récupérer et de faire ensuite traverser la Manche aux soldats bloqués, comme l'a montré le film de Christopher Nolan, Dunkerque (2017). L'Ona II est l'un d'eux. Sauvé et restauré, nous précise le site Interenchères, par un ingénieur britannique en 2004 qui le restaura, ils sera ensuite acquis par le journaliste Nicolas Beytout (L'Opinion). Le 22 mai prochain, il sera donc vendu aux enchères à Paris. Il est estimé par la commissaire-priseur Marie-Line Balsan, entre 85 et 100.000 euros.

lundi 8 février 2021

Le logo d'un nouveau service, le SEO

 

Décliné en plusieurs couleurs voici le nouveau logo du Service de l’énergie opérationnelle (SEO) qui remplace depuis le début de l'année, le Service des essences des armées (SEA). Une évolution qui est intervenu après quatre-vingt ans d’existence, avec la mise en place d’une nouvelle stratégie énergétique du ministère des armées. Une décision, comme l’avait expliqué Florence Parly à l’automne dernier, qui s’appuie "sur le triptyque : consommer sûr, mieux et moins." L’ingénieur général Jean-Charles Ferré dirige dorénavant le SEO. Il est à la tête de cette direction interarmées depuis 2018.

samedi 6 février 2021

Le général Michel Roquejeoffre commandait, il y a 30 ans, Daguet : « Ce conflit du Golfe fut le cas typique de règlement d'une crise de haute intensité »

Le général Roquejeoffre, 87 ans, vit à Pamiers (Ariège) depuis qu’il a quitté les armes, deux ans après la Guerre du Golfe 1 (1990-91). Ce conflit, un peu oublié, date de seulement trois décennies. Il fut toutefois à l'origine de nombreuses réformes opérationnelles de l'armée française. Après l’invasion du Koweït par l’armée irakienne, le 2 août 1990, des emprises diplomatiques sont occupées, dont celle de la France, le 14 septembre, par les Irakiens. Le lendemain, lors d’une conférence de presse, François Mitterrand explique que « nous en sommes dans une logique de guerre ». Et le chef de l’Etat annonce l’envoi d’un détachement en Arabie Saoudite. Qui sera commandé par le général Roquejeoffre. Pour Ainsi va le Monde celui-ci revient sur la constitution de Daguet ainsi que sur les opérations Bouclier et Tempête du désert (voir également post du 17 janvier 2021).

 

Le général Roquejeoffre à son arrivée en Arabie Saoudite ©DR/Défense

Vous souvenez-vous du moment où l’on vous a appris que vous alliez commander Daguet ?

Oui, c’était le 15 septembre 1990. Une grande réunion était prévue à salle « opérations » de l’état-major des armées, regroupant les responsables de l’EMA, de la FAR, de l’Armée de l’Air, de l’EMAT. Il y avait notamment les généraux Forray et Fleury, respectivement CEMAT et CEMAA, le général Guignon, chef OPS de l’EMA. J’y assistais en tant que commandant de la FAR. Dès le mois d’août, après l’invasion du Koweït par l’Irak, nous avions planifié des opérations avec l’idée de pouvoir engager une force constituée autour de deux divisons de la FAR : la 6e DLB et la 4e DAM. Le but de cette réunion était d’arrêter la composition et le rôle d’un détachement de 6000 hommes, conçu autour d’une force terrestre issue de la 6e DLB renforcée (que commandait alors le général Mouscardès), d’un détachement aérien d’une quarantaine d’avions de combat et de moyens logistiques (santé, matériel, logistique…). Pendant le déroulement de la réunion, le général Forray a été appelé par le général Schmitt (CEMA) qui se trouvait alors en Arabie Saoudite avec le ministre de la défense, Jean-Pierre Chevènement. A son retour dans la salle, le général Forray a indiqué que le président de la République François Mitterrand avait décidé d’envoyer des troupes françaises sur place. Une décision directement liée à l’invasion, le 14 septembre, de l’ambassade de France à Koweït city par les soldats irakiens. J’ai été nommé le 17 septembre et deux jours après je suis parti en Arabie Saoudite. Le général Schmitt m’avait donné comme ordre de mission de prendre contact avec le général prince Khaled ben Sultan, Saoudien, qui commandait toutes les forces arabes coalisées situées sur le territoire, et avec le général Norman Schwarzkopf, qui, lui, était à la tête des forces américaines (terre, mer, air, marines) mais aussi commandait en chef l’ensemble de l’opération. Je devais leur présenter la force qui avait pris le nom de Daguet : sa mission, ses effectifs, sa spécificité, ses savoir-faire, son originalité. Daguet était une force aéromobile avec ses régiments d’hélicoptères de combat. Elle manœuvrait et pouvait prendre l’adversaire de flanc en utilisant ses moyens « feu » -terrestre et aérien- et sa mobilité au sol. Le général Schwarzkopf a trouvé cette organisation très originale. Il a d’ailleurs plus tard préconisé la création d’unités semblables aux USA.

Vous étiez alors général de corps d'armée ?

Même si la force était au départ sous-dimensionnée pour un général de corps d’armée (mais elle est montée à 15000 combattants par la suite), j’ai été désigné car le président souhaitait un officier qui puisse mener à la fois une mission militaire mais aussi politique. Et puis, le gros des troupes provenait de la Force d'action rapide que je commandais.

J’avais été nommé général de corps d’armée le 1er juin 1990 et désigné à la même date comme commandant de la FAR. A l’époque, cette grande unité de l’armée de terre avait été conçue pour des actions bien particulières. Elle avait pour mission, dans le cadre d’une attaque des forces du pacte de Varsovie, de se projeter le plus loin possible pour bloquer les unités ennemies en attendant l’arrivée d’un corps d’armée français. Cette manœuvre était facilitée par son équipement de blindés canons à roues (les AMX 10RC) et d’hélicoptères de combat (les Gazelle). La FAR devait également se préparer et s’entraîner à des combats contre des forces ayant pénétré dans un pays avec lequel la France était liée par des accords de défense. Ces forces combattaient selon le principe de la guerre asymétrique, « du faible contre le fort  ». La FAR était composée d’un état-major, de cinq divisions (la 11e DP, la 6e DLB, la 9e DIMa, la 27e  division alpine, la 4e division aéromobile) d’un groupement d’artillerie et d’unités de soutien d’un corps d’armée.

Cela faisait 38 ans que la France n'avait pas fait  la guerre…

On peut dire que, pour la France, ce fut la première véritable guerre de type symétrique depuis le dernier conflit mondial. Après 45, l’armée française avait été engagée dans les conflits liés à la décolonisation. Cependant, si cette guerre était classique, c’est-à-dire infra nucléaire, elle était d’un genre nouveau puisqu’elle se déroulait dans l’ère informatique, l’ère de l’intelligence. Par ailleurs, nous étions sous menace classique du feu, sous menace chimique également et on y a cru jusqu’au dernier jour, puisque les militaires qui ont pris part à l’attaque terrestre avaient revêtu la combinaison de protection S3P. Menace terroriste enfin car à l’époque, l’Irak abritait certains groupuscules terroristes. On a d’ailleurs eu des menaces qui se sont manifestées à Dhahran sur des Américains. Très rapidement, les Saoudiens ont trouvé les coupables qui ont été exécutés. Mais contrairement à la seconde guerre du Golfe, il n’y a pas eu d’attentats terroristes sur le territoire saoudien.

Guerre classique aussi car, s’il n’y a pas eu de déclaration de guerre ni de traité de paix, toutes les données d’un conflit traditionnel étaient réunies : l’agression était caractérisée (envahissement et surtout annexion d’un pays représenté à l’ONU par un autre) ; l’adversaire militaire était identifié (l’armée irakienne) ; la mission avait été validée par la résolution 678 de l’ONU et elle était bien définie (faire respecter et appliquer la résolution 660, c’est à dire exiger de l’Irak son retrait du Koweït) ; l’emploi de la force était autorisé par la même résolution 678 ; enfin, le cessez-le-feu ne pouvait être conclu avec l’adversaire que lorsque ce dernier accepterait les termes de la résolution 687.

 

Le général Roquejeoffre avec JP Chevènement, ministre de la défense

 

Votre ministre de tutelle Jean-Pierre Chevènement n’est pas convaincu par cet engagement ?

Le ministre de la Défense a donné sa démission le 29 janvier 1991, quelques jours après le début de l’engagement des forces (17 janvier : début de la phase aérienne de Desert Storm). La raison profonde de ce départ n’a jamais été très claire. Sur le terrain, nous avions constaté que le ministre, s’il était d’accord pour faire évacuer le Koweït par une coalition regroupant les forces de chaque pays, ne voulait pas être sous les ordres d’un membre de la coalition, notamment américain. Il a tout fait pour implanter la force Daguet loin des unités de la coalition. La division débarquée à Yambu, port sur la Mer Rouge, a été dirigée sur la base saoudienne CRK (Camp du roi Khaled) à 500 km de Ryad alors qu’elle devait, au départ, stationner près de la capitale. Autre exemple, la force aérienne, qui aurait dû logiquement être regroupée à Dhahran, s’est retrouvée dans le désert, à Al Ahsa, dans une base aéroportuaire qui est sortie de terre en un temps record.


Comment se met en place cette division ? Combien de régiments sont concernés ?

La division n’était qu’une partie de la force Daguet qui comprenant un état-major, une division terrestre (la division Daguet), un groupement de soutien logistique, une chaîne santé, une dizaine de détachements de liaison et une chaîne de transmission. Un groupement aérien d’une cinquantaine d’avions de combat et de transport y été rattaché. Les unités de la Marine ne dépendaient pas, en revanche, de la force Daguet. La force s’est mise en place en Arabie Saoudite par vagues aériennes et maritimes de septembre 90 jusqu’à mi-janvier 91. Une grande partie des avions et des cargos étaient des matériels réquisitionnés. Les effectifs ont atteint 15000 hommes début 1991. Des unités ont renforcé les capacités sur le terrain. La division Daguet a ainsi reçu deux escadrons de cavalerie légère, un pour le 1er REC, un pour le 1er Spahis. Le 3e RIMa et le 2e REI furent renforcés chacun par une compagnie de combat. Un régiment d’artillerie, le 11e RAMa, fut affecté à la division. Un régiment d’AMX30B2 a également rejoint l’Arabie Saoudite tout comme des commandos du 1er RPIMa. Le régiment du génie a récupéré des engins pour sa compagnie de soutien… Toute l’armée de terre a été affectée par ces décisions. De même, chaque base arienne a dû participer à ce renforcement en hommes et en matériel.


Quelle est sa doctrine d’emploi ?

Il n’y a pas de doctrine d’emploi au niveau régimentaire mais des principes de fonctionnement. La force Daguet a adapté son mode d’action en prenant en compte de nombreux éléments : mission générale de la force coalisée formée autour de 29 pays, en majorité des nations du Moyen-Orient, potentiel des adversaires, le terrain, le climat… Elle a tiré de tout cela les planifications d’engagement. Dès le départ, j’avais expliqué au général Schwarzkopf que la force Daguet pouvait se distinguer car elle était très mobile, pouvait lancer des actions dans la profondeur. Et il a tout de suite vu l’intérêt de cette force, capable d’ouvrir la route sur un flan et de le protéger.

Les opérations ont eu lieu en deux phases : une phase baptisée Desert Shield (Bouclier du désert), défensive, dont l’objectif était d’empêcher l’Irak de pousser ses troupes vers l’Arabie Saoudite, en particulier de s’emparer de la zone de Dhahran, où se trouvaient les principaux gisements pétroliers. Puis, Desert Storm (Tempête du désert), phase offensive aéroterrestre.

Après le déclenchement de la phase aérienne, la division Daguet a rejoint un site de déploiement opérationnel au nord de Rafha, à près de 300 km de CRK, à l’extrême ouest de la zone alliée, le long de la frontière avec l’Irak. Sa mission était de conquérir un nœud routier stratégique dans le village d’Al Salman afin que le déplacement des autres forces alliées puisse se faire sans encombre. C’est une manœuvre classique : on fixe l’ennemi, on l’enveloppe afin de le prendre à revers puis, une fois le terrain conquis, la seconde vague peut agir en toute sécurité. Al Salman se trouvait à une centaine de kilomètres de la frontière. Il fallait donc une force très mobile avec une puissance de feu importante pour s’emparer de l’objectif. La division Daguet possédait ces deux qualités grâce à ses AMX10RC, à ses Gazelle Hot, à son artillerie.

Armes ramassées sur le champ de bataille


 Quels enseignements a-t-on tiré de cette guerre ?

Ce conflit du Golfe fut le cas typique de règlement d'une crise de haute intensité, incluant des aspects très variés allant de la démonstration de force au combat intensif, mêlant action militaire et action humanitaire, dans un contexte fortement médiatisé, sous une triple menace (classique, terroriste et chimique). D'ailleurs, quelques années après, les rédacteurs du Livre Blanc sur la défense, ont intégré ce conflit régional dans l'un des cinq scénarios de l'hypothèse d'emploi des forces.

La professionnalisation des armées était dans les tuyaux, la guerre du Golfe en a été l’élément déclencheur. Pour ce type d’opérations, on ne peut faire appel à des appelés. On a besoin d’hommes et de femmes qui ont la compétence, l’expérience et la cohésion. La compétence ne s’acquiert qu’après de longues années, l’expérience ne s’obtient qu’à la suite de longs séjours dans des pays similaires à ceux où l’on est susceptible d’intervenir. Enfin, la cohésion exige que les cadres et les engagés vivent longtemps ensemble et ainsi se connaissent bien. Tout cela est lié à un facteur temps et ne peut être acquis au bout de dix mois de service.

Durant cette guerre, on a été tributaire du renseignement satellitaire américain. Le gouvernement a décidé de renforcer notre renseignement satellitaire par notamment le lancement du programme Hélios. Une brigade de renseignement et de guerre électronique a également été créée en 1993, rassemblant notamment le 13e Dragons, le 2e régiment de Hussards ou encore le groupement aéromobile de renseignement équipé d’hélicoptères de reconnaissance. Enfin, la direction du renseignement militaire a été créée en juin 1992 et placée sous l’autorité du chef d’état-major des armées. Prenant exemple sur les SAS britanniques, on a décidé de regrouper les unités d’action des trois armées au sein du commandement des opérations spéciales (COS).

vendredi 5 février 2021

Les bons comptes d'Arquus

VAB à Garchizy ©Arquus

Les activités des réparations industrielles privées (RIP) d'Arquus en 2020 ont été "exceptionnelles", se félicite la société dans un communiqué. "L'appareil industriel a fait preuve de sa résilience au profit des forces...L'entreprise a mené à bien la rénovation de 508 véhicules ainsi que celle de plus de 2500 organes. Ces activités ont représenté près de 30% de la charge industrielle totale d'Arquus. " Business area défense du groupe Volvo, Arquus (regroupement de Renault Trucks Defense, Acmat et Panhard) possède quatre sites de production spécialisés à Garchizy (Nièvre), Marolles-en-Hurepoix (Essonne), Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) et Limoges (Haute-Vienne).

jeudi 4 février 2021

Laure Moulin, soeur de...


Si nous considérons que Jean Moulin est l'archétype du héros, sa sœur Laure est, elle, une anti-héroïne. Mais une anti-héroïne héroïque dans sa constance, son dévouement, sa foi en son frère. C’est à elle que l'historien Thomas Rabino vient de consacrer une biographie (Perrin). Peut-être Laure Moulin correspond-elle à Antigone, à laquelle elle est plusieurs fois comparée par l’auteur ? Se battant après la mort de Jean, audacieuse et désespérée à partir de juillet 1943, au nom du devoir moral face aux pouvoirs arbitraires : les Allemands et Vichy puis après la Libération, contre l’oubli, l’injustice…

Laure Moulin (1892-1974), professeur d’anglais, infirmière volontaire pendant la Première Guerre mondiale, patriote, femme indépendante et grande voyageuse, fut la première collaboratrice de son frère lorsque celui-ci entra en résistance.  C’est-à-dire immédiatement. Après que les Allemands, à leur arrivée à Chartres (Eure-et-Loir) où il est préfet, aient voulu, à la mi-juin 1940, lui faire signer une déclaration accusant des unités de tirailleurs africains d'avoir commis des atrocités contre des civils à Saint-Georges-sur-Eure ; ceux-ci ont, en réalité, été victimes de bombardements allemands. Jean Moulin refuse. Enfermé, maltraité, il se tranche la gorge. Mais il est sauvé par ses geôliers. Puis révoqué quelques semaines plus tard par Vichy. La suite est connue. Il sera dans la clandestinité Joseph, Jacques Marchand, caporal Mercier, Max, Rex, Régis, Martel… Aujourd’hui, 300 établissements scolaires, 978 boulevards, rues, places, squares et ponts, comme le rappelle Thomas Rabino, portent son nom. Cette postérité, qui n’a pas été aussi naturelle à conquérir, c’est aussi l’entreprise de Laure. De la mort du président du Conseil national de la Résistance, le 8 juillet 1943, au transfert de ses cendres au Panthéon, le 19 décembre 1964, toute l’énergie de Laure a été nécessaire. Notamment pour que justice soit faite après l’arrestation de Moulin en compagnie d’autres responsables résistants à Caluire (Rhône), le 21 juin 1943. Tâche bien complexe car après la Libération, temps où la nation est en reconstruction, il est bien difficile d’explorer les secrets des vainqueurs. La Résistance ne peut faire apparaître publiquement ses rivalités, ses rancoeurs et certains brevets de moralité résistante ne peuvent être remis en cause. Ce que montre clairement l’ouvrage. Ainsi jamais, le dénonciateur présumé de Caluire ne sera condamné. C’est une période sombre, confuse où Jean Moulin n’est alors qu’un acteur parmi d’autres. Il faudra à Laure Moulin manifester une profonde énergie et une capacité d’encaisser les revers hors du commun. La  "panthéonisation" de son frère et le discours d’André Malraux, ministre de la Culture, inversèrent la tendance. "Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n'avaient pas parlé; ce jour-là, elle était le visage de la France" conclue Malraux. Après le résistant, le compagnon de la Libération, Laure Moulin fit connaitre le Jean Moulin esthète, le peintre, le dessinateur, le graveur qui signait Romarin. L’homme qui eût tant d’influence sur Daniel Cordier, son secrétaire d’août 1942 à son arrestation et qui, jusqu’à son dernier souffle, le 20 novembre dernier le considérait comme son deuxième papa.

mercredi 3 février 2021

Mort en Angleterre de « Captain Tom »

 

©Wikipedia

Hospitalisé dimanche, le vétéran de la Seconde Guerre mondiale « captain Tom » est mort hier, victime de la Covid-19. Tom Moore, 100 ans, était devenu célèbre l’an dernier en récoltant des fonds pour aider le service de santé britannique. Son objectif de départ : collecter 1000 livres en réalisant 100 allers et retours, muni de son déambulateur, dans son jardin en dix jours. La cagnotte dépasse actuellement les 37 millions de livres. Devenu immédiatement célèbre, le vieux monsieur a été ensuite anobli par la reine Elisabeth II (voir post 20 mai 2020).

mardi 2 février 2021

Hubert Germain, dernier Compagnon de la Libération : "Mon père avait été viré par Pétain"

©HW/CB

Je n'avais pas eu l'occasion de remettre à Hubert Germain, mon ouvrage consacré aux Compagnons de la Libération de son régiment, la 13e Demi-brigade de Légion étrangère (DBLE). C'est toujours un grand plaisir de passer un peu de temps avec lui. Après trois livres sur le sujet dont l'un sera réédité en juin, je suis toujours à la recherche de ce temps perdu, regrettant de n'avoir pas entamé ce travail sur ces 1038 hommes et femmes titulaires de la croix de la Libération plus tôt. Chaque fois que je rencontre Hubert Germain depuis quinze ans, mon carnet s'enrichit d'anecdotes. Ou en développe d'autres. Ainsi nous avons évoqué avec celui qui est désormais le dernier Compagnon de la Libération, son retour en France lors du débarquement de Provence en août 1944. Il a 24 ans et est lieutenant. Il souhaite revoir le plus rapidement possible ses parents (son père est général d’armée). Seule information dont il dispose, ceux-ci sont retirés à Grasse (Alpes-Maritimes).

-  "Mon père, qui avait été viré par Pétain, habitait là, en retraite. Je suis arrivé, j’ai cherché où ils pouvaient habiter. Et c’est dans un café que j’ai su que mon père avait été déporté. Quand vous recevez cela en pleine figure ça vous file un choc même si vous dites qu’il y a encore ma mère et ma sœur. J’ai cherché. J’ai sonné à une maison. J’ai entendu un pas lourd, la porte s’est ouverte. Vous voyez une femme vieille, les cheveux gris-blanc. La mauvaise teinte. Les yeux las. Le malheur et la lassitude inscrits sur le personnage et qui se dit en me voyant devant la porte : « Ah, les pépins vont continuer. »

-  «Que puis-je pour vous lieutenant ?» Cette femme ne me reconnaissait pas. C’est à ce moment-là que ma sœur a surgi. « Mère, tu ne reconnais pas ton fils ?» Qu’elle ne me reconnaisse pas, c’est normal, elle avait quitté un gamin et elle retrouvait un homme en uniforme. Mais ça, c’est atroce ! J’ai dit à ma sœur de venir avec moi et nous sommes montés dans la jeep pour aller voir le sous-préfet qui était encore celui de Vichy et n’avait pas encore été remplacé. Je lui ai dit qui j’étais et que mon père avait été arrêté par la police française, livré à la Gestapo et envoyé en camp de concentration. Le sous-préfet a alors fait son ignorant. Je lui ai dit : « Vous avez douze heures. Douze heures pour que ma famille soit rétablie dans tous ses droits d’abord et dans sa dignité.» Le menaçant de le coller au mur si dans les douze heures il ne « s’exécutait » pas."

Son père rentre de déportation. Hubert Germain prévenu par un télégramme de l’hôtel Lutetia* va l’accueillir à la gare de Cannes. "Il est arrivé et cherchait si un membre de la famille était là. Je l’ai pris dans mes bras. Pour pleurer, il s’est mis de côté. Nous sommes sortis de la gare et je lui ai dit : « Papa, tu n’es plus papa, tu es le général Germain, il y a ici une compagnie de Légion qui est là pour te rendre les honneurs. Et on lui a rendu les honneurs. Il était vivant mais vide…"

* Transformé alors en centre d'accueil pour les survivants des camps de concentration.

lundi 1 février 2021

Des croix gammées taguées sur la façade du domicile du Premier ministre belge

©Wikipedia

C'est la découverte faite ce matin par Alexander De Croo, le Premier ministre belge qui réside à Braken, dans la province d'Anvers. Ce sont sept croix gammées qui ont été peintes sur les murs et la boîte aux lettres. Situation qui survient alors que les nationalistes flamands (NV-A) reprochent au chef du gouvernement sa gestion anti-Covid ; samedi, des manifestants d'extême-droite ont été empêchés par la police de s'approcher du domicile de M. De Croo. Celui-ci déplore que l'on tente ainsi d’intimider sa famille et notamment ses enfants, a précisé son porte-parole, cité par le quotidien flamand Het Laatste Nieuws.

samedi 30 janvier 2021

Eoliennes et lieux de mémoire

©FranceTV

En 2017, six éoliennes de 150m de haut devaient être installées à proximité d'un mémorial australien, implanté sur un champ de bataille de la Première Guerre mondiale. Entre Bullecourt et Riencourt-les-Cagnicourt (Pas-de-Calais). 10 000 soldats venus notamment du Pacifique y trouvèrent la mort ou y furent blessés entre avril et mai 1917. Devant l'émotion suscitée en Australie, Engie avait renoncé à son projet. C'est un autre programme plus vaste, à proximité d'un autre lieu de mémoire, qui suscite aujourd'hui controverses et polémiques. La construction à 10 km au large de Dunkerque, en 2027, d'un parc de 46 éoliennes (EDF, GMBH, RTE). Là, où en 1940 se déroula l'opération Dynamo. Il s'agit de la gigantesque opération d'évacuation des troupes anglo-canadiennes, belges et françaises, vers la Grande-Bretagne, du 21 mai au 4 juin. Un état étranger est, comme dans le projet précédent, acteur. Puisque la Belgique voisine, s'inquiète d'une possible "entrave au trafic aérien, à la sécurité du transport maritime et au secours en mer de son pays." Plusieurs associations ou collectifs comme "Vent debout" dénoncent le gigantisme du projet. "Il s'implante sur un site protégé Natura 2000, ce qui devrait être interdit" dénonce son porte-parole. Une étude annonce des hélices géantes, de 300m de haut, entre Dunkerque et la frontière belge. La Chambre de commerce et d'industrie des Hauts-de-France est, elle, favorable au projet mais se plaint de ne pas être entendu. Le débat public est clos depuis le 13 décembre dernier.

vendredi 29 janvier 2021

Il y a 100 ans, le Soldat inconnu était inhumé sous l’Arc de Triomphe

©armées


Le 28 janvier 1921, le cercueil contenant le Soldat inconnu était inhumé sous l’Arc de Triomphe à Paris. Où il avait été transféré le 11 novembre précédent. Cet anonyme représentait le sacrifice des 1,4 millions de morts de la Première Guerre mondiale. Qui fit également 3,6 millions de blessés et plus d’un million d’invalides militaires et civils, ces fameuses "gueules cassées." Le 8 novembre 1920, le parlement adoptait un texte instituant l’inhumation d’un soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe. 

Auguste Thin, le parrain du Soldat inconnu

Deux jours plus tard, le 2eme classe Auguste Thin, choisissait à Verdun parmi huit cercueils contenant les corps de huit poilus non identifiés et tués dans huit secteurs du front, celui qui reposerait pour l’éternité à Paris. Les huit cercueils avaient été rassemblés dans la citadelle de Verdun en présence d’André Maginot, ministre des pensions. "Monsieur Maginot m'a remis un bouquet en me disant que le cercueil sur lequel je déposerais ce bouquet serait celui qui reposerait sous l’Arc de Triomphe" a raconté Auguste Thin, en 1961, sur France culture. Le jeune homme, 21 ans, fait alors un tour d’honneur en hommage à tous les morts de la guerre. "Puis j’ai déposé mon bouquet sur le sixième cercueil."  Pourquoi celui-ci ? Parce que son régiment, le 132e RI, appartenait au 6e corps d’armée et que l’addition des chiffres de ce régiment, donnait également "6"  a expliqué le parrain du Soldat inconnu. 

jeudi 28 janvier 2021

Sortie aujourd’hui de "Chef de guerre" de Louis Saillans

 


Pourquoi écrire ? Lorsqu’on est un jeune trentenaire, que l’on est encore militaire d’active et que l’on ne naît pas écrivain, ni annaliste, ni chroniqueur. Pour Louis Saillans (pseudonyme) ce sont les circonstances et les influences. Il raconte : "Je ne suis pas issu d’une famille de militaires. Il y avait bien du côté de mon épouse, un arrière-grand-père dont on ne savait pas grand-chose. J’ai essayé de trouver des informations sur cet aïeul. J’y suis parvenu. Mon grand-père paternel avait également porté l’uniforme mais on n’en parlait jamais. J’ai fait également des recherches…" Là, il manquait beaucoup d’informations et le jeune homme comme il le dit, a fait choux-blanc. Le lien avec l’écriture est né d’une conversation avec son épouse, lorsqu’ils tirèrent le bilan de ces recherches. " Il ne faut pas que cela arrive pour nos enfants et notre descendance…" Alors le lieutenant de vaisseau a commencé à prendre des notes. Sa vie militaire, qui ne se terminera que dans un an, est foisonnante et périlleuse. Après un début déroutant puisque Louis Saillans, élève officier dans l’armée de l’air choisit les commandos Marine avec pour préalable de réussir l’intraitable formation. Il servira dans deux des cinq : Trepel et Jaubert. C’est justement cette trajectoire et certaines de ces missions qu’il raconte dans Chef de guerre (Mareuil) qui sort aujourd’hui. Evidemment, aucun lieu, aucun nom précis, dans ce livre. Habilement il décrit, brosse l’univers des opérateurs contemporains (ces dix dernières années), lors d’opérations qui se déroulent certainement (en majorité) dans la bande sahélo-saharienne. Parfois, le lecteur a le sentiment de se trouver à proximité du narrateur, témoin de l’action menée par les forces spéciales. Ce livre a un immense avantage, il donne de l’épaisseur à toutes ces informations qui défilent en permanence devant nos yeux sur les réseaux sociaux. Et puis, Louis Saillans répond à cette exigence dans les façons de nommer dont je déplore si souvent l’absence. Un combattant ennemi (qu’il respecte) n’est pas "neutralisé", il est "tué". L’officier écrivain est précis dans son écriture, comme il a appris à l’être dans ce métier qu’il va abandonner. Après une vie hors norme, que fera-t-il dans le civil ? "Je souhaite, mener une réflexion plus large sur l’engagement... " Il n’en dira pas plus. Déformation professionnelle, sans doute !

Chef de guerre, Mareuil éditions, 19,90 €.

mercredi 27 janvier 2021

Pendant ce temps-là, au Luxembourg

©armee.lu

42 engagés volontaires dont 4 de nationalité étrangère, ont récemment prêté serment après une formation de quatre mois. L'armée, Lëtzebuerger Arméi, forte d'un millier d'hommes et de femmes avait en ce début d'année, 28 militaires déployés au Mali, en Lituanie et en Afghanistan.

lundi 25 janvier 2021

Les services secrets espagnols et les secrets d'alcôve

Le général Roldan ©wikipedia.org

L'information est au coeur d'un procès en diffamation qui oppose à Madrid, le général Felix Sanz Roldan, ancien directeur du centre national de renseignement espagnol (les services secrets) de 2009 à 2019, à José Manuel Villagro. Celui-ci ancien policier, ex-détective, qui fut également agent secret, est au centre de plusieurs affaires peu ragoûtantes, dont des enregistrements à l'insu de personnalités. L'homme est en détention depuis 2017. Au cours des audiences, il fut question des conversations enregistrées entre l'ancien chef du renseignement  (CNI) et Corinna Larsen, ancienne maîtresse de l'ex-roi Juan Carlos. Le général Roldan aurait contacté à plusieurs reprises celle-ci car elle possédait des documents concernant les affaires financières de l'ancien souverain. Lui indiquant, selon le témoignage de Mme Larsen, qu'elle ne serait en sécurité nulle part tant que les documents ne seraient pas restitués au CNI. L'ex-maitresse royale a raconté devant le tribunal, que lors d'une rencontre dans la capitale anglaise à l'hôtel Connaught avec le général, elle aurait été menacée ainsi que ses enfants. Rentrée en Suisse, elle aurait trouvé dans son appartement, un livre sur la mort dans un accident de voiture, de Lady Diana...Un appel anonyme aurait également été très explicite.

dimanche 24 janvier 2021

Le drôle de travail de mémoire du parlement flamand


Volontaires anversois pour le front de l'Est acclamés

Pour fêter les cinquante ans de la création du Conseil culturel de la communauté néerlandaise, le parlement régional de Flandres a décidé de mettre en avant quatorze personnalités "ayant contribué à l'émancipation du peuple et de sa langue". Support : une édition spéciale du magazine Newsweek België. Dans le choix de ces profils figurent deux collaborateurs nazis, Gustave De Clercq et August Borms. C'est un article du quotidien flamand De Standaard (L'Etendard) qui a révélé ce casting qui provoque beaucoup de réactions en Belgique. "Est-il convenable", s'interroge le quotidien néerlandophone "de mettre à l'honneur deux sympathisants nazis, collaborateurs avec l'occupant allemand, dont un (Borms) pendant les deux guerres mondiales..." Et de se demander si le parlement était devenu "masochiste." Mort en 1942, De Clercq avait créé, neuf ans plus tôt le Vlaams Nationaal Verbond (Ligue nationale flamande) qui prônait la création d'un état fasciste réunissant flamands belges et néerlandais. En 1939, la VNV compte jusqu'à 25.000 membres et dès 1941, joue le rôle de sergent recruteur pour aller combattre sur le front de l'Est.
Borms qui fut, lui, condamné à mort après la Première Guerre mondiale pour collaboration avec les Allemands, vit sa peine commuée en détention à vie. Elu lors d'une élection législative partielle à Anvers en 1929, il fut libéré en 1929. Puis onze ans plus tard, fut un zélé collaborateur du IIIe Reich, se réfugiant à Berlin en 1944. Il fut fusillé en 1946.
La présidente du parlement flamand, Liesbeth Homans (N-VA, nationaliste) ne semble pas trop émue de la polémique. D'autres responsables parlent toutefois de "maladresse."

vendredi 22 janvier 2021

Disparition de Simone Vilalta, l'engagée

©Olivier Darrioumerie

C'est bien l'hiver de la Résistance ! Qu'elle soit extérieure ou intérieure. Et nous savons bien, tous, que le printemps ne reviendra jamais. Ce sont les derniers acteurs de la Seconde Guerre mondiale qui, aujourd'hui, sont en train de disparaître. Nous avons ainsi appris la mort de Simone Vilalta, décédée le 1er janvier à Hendaye (Pyrénées- Atlantiques). Trois semaines auparavant, elle avait eu 97 ans. En 1940, elle ne s'est pas contentée de refuser l'armistice, elle a ensuite demandé à son père de pouvoir s'engager avec lui au sein d'Honneur et Patrie, réseau constitué à Angers. Elle est arrêtée en 1943. Elle a vingt ans. Simone Chrisostome (de son nom de jeune fille) sera envoyée à Ravensbrück où elle ne deviendra qu'un numéro : 22 352. En 1945, elle pèse 30 kg. Lorsque les Soviétiques approchent, les nazis décident de vider les camps. Une abominable marche de morts-vivants débute. Si, la jeune femme parvient à rester en vie, c'est qu'elle réussit à s'évader avec une autre française, originaire de Bayonne. Elles seront retrouvées par l'armée soviétique, soignées puis confiées aux Américains. A Hendaye, la résistante miraculée se mariera avec un républicain espagnol et n'aura de cesse de témoigner de l'horreur. Jusqu'à la fin !

dimanche 17 janvier 2021

Il y a 30 ans, la guerre du Golfe. Souvenirs journalistiques…

 

©Henri Weill/1991

Récemment, l’ambassade de France au Koweït et un quotidien local m’ont demandé de me plonger dans mes souvenirs et de raconter la guerre du Golfe 1, couverte à Ryad (Arabie Saoudite) puis au Koweït, dès que celui-ci a été libéré. Pays où devait se rendre, initialement, aujourd’hui Florence Parly à l’occasion du 30e anniversaire de Daguet. En 1991, j’étais reporteur pour une chaîne de télévision aujourd’hui disparue, la 5. Voici quelques anecdotes concernant cette guerre du Golfe aux multiples noms et phases. Ainsi, Tempête du désert (phases aérienne et terrestre) à laquelle a notamment participé la division Daguet, dispositif commandé par le général Michel Roquejeoffre qui a intégré la coalition visant à délivrer le territoire de l’émirat du Koweït de l’occupation irakienne. C’était donc il y a trente ans. Pour la première fois, une guerre a été vécue en direct grâce aux télévisions du monde entier et, en particulier, CNN.

Ces souvenirs reposent sur une succession d’images. Je les ai classées dans un ordre chronologique. La première nous conduit à Roissy. Où nous partons, à la mi-janvier 1991, avec une dizaine de collaborateurs de la 5, chaine pour laquelle je travaille depuis sa création, il y a près de quatre ans. Nous sommes une dizaine de journalistes, cameramen, monteurs. Comme je suis responsable de la mission, je porte beaucoup d’argent liquide, car l’hôtel Hyatt de Ryad, où nous sommes hébergés, n’accepte que des dollars… Nous allons y loger cinq semaines.

                                                      NBC

Compte-tenu des menaces qui pèsent, il est fortement recommandé de partir sur le terrain avec une tenue « nucléaire, biologique et chimique » (NBC). Notre direction de l’information a fait ce choix. Celles-ci doivent arriver de Montpellier et nous être livrées à l’aéroport, deux heures avant notre départ. Elles ne sont pas au rendez-vous. Ne voulant faire prendre aucun risque au groupe, je décale de 24h notre départ (nous relevons d’autres équipes de la chaîne). Le lendemain, les tenues nous sont livrées. Nous embarquons dans le Boeing de la compagnie Saudi arabian airlines. Celui-ci est pratiquement vide. Cette guerre du Golfe 1 constitue un choc en France. Les restaurants sont alors vides, les magasins également. Environ 14 000 militaires français participent à la coalition et constituent la division "Daguet". C'est la première fois depuis l’Algérie, donc 38 ans auparavant, que nos troupes partent faire la guerre. Jusqu'ici elles n’ont participé qu’à des opérations de maintien de la paix. C’est un choc !

 

Avec le général Le Pichon, Daguet ©Henri Weill/1991

Arabie Saoudite

Une fois sur place, nous avons pour consigne, lorsque la sirène du Hyatt de Ryad retentit, de descendre à l'abri, situé au sous-sol de l'hôtel. Mais nous ne l’avons jamais fait. Nous préférions aller sur le toit, là où se trouvaient les paraboles de diffusion, afin de voir les SCUD (missiles russes tirés par les Irakiens) être interceptés par les missiles Patriot américains. Dans les dernières heures de l'offensive terrestre, un missile est toutefois tombé à proximité de nous. Les télévisions françaises travaillaient en pool. Lorsqu’il y avait un reportage avec l’armée (française), un rédacteur et un cameraman représentaient l’ensemble et nous fournissions aux autres confrères images, interviews et éléments de commentaire. Ces reportages devaient officiellement être visionnés avant envoi par un officier de communication français mais j’ai le souvenir que tout s’est passé sans problème avec eux. A la fin, ils ne venaient même plus.

 

Sortie de Koweït city après l'offensive terrestre ©Henri Weill/1991

L’offensive terrestre

Ici nous l’attendions depuis plusieurs jours. L’annonce en a été faite par le ministère de la défense en pleine nuit du 23 au 24 février 1991. Le téléphone sonne vers 2h30 selon ma mémoire. C’est donc Paris qui nous apprend son déclenchement (à l’époque nous n’avons pas de téléphones portables, ni tweeter, ni réseaux sociaux…) Nous travaillons « à l’ancienne. » Nous essayons de joindre les officiers du SIRPA (de téléphone filaire à téléphone filaire). Ils sont à l’hôtel Novotel où résident également d’autres confrères français. De ne pas être dans le même établissement est un souci. Mobilisation immédiate de toutes les chaines françaises. Nous montons sur le toit du Hyatt et pendant plusieurs heures, jusqu’au petit matin, nous allons enchainer les directs. Sans disposer de la moindre information précise…

  

Avion de la British airways, aéroport de Koweït city ©Henri Weill/1991

Reportages

J'ai tout d’abord deux images de pool qui reviennent en écrivant sur ce passé. J’avais embarqué, lors des opérations aériennes, dans un avion ravitailleur français et celui-ci avait fourni du carburant à un Jaguar qui allait bombarder une cible en Irak (les Français et les Américains fournissaient souvent des images des attaques). C’était extrêmement impressionnant. La deuxième : mon premier déplacement à Koweït, par voie aérienne militaire (VAM). Les puits de pétrole étaient encore en feu, les pistes de l’aéroport de Koweit city étaient encombrées par les carcasses d’avions détruits par les Irakiens. Ceux-ci venaient de quitter le pays. Au sortir de la capitale, leur dernier convoi avait été bombardé par les forces alliées. Dans un très large périmètre il y avait, abandonnés, armes lourdes et légères, munitions, casques, tous types de véhicules, mais aussi le fruit des rapines que les occupants voulaient emporter : vêtements, lessives, machines à laver…

 

Sortie de Koweit city ©Henri Weill/1991


Le surlendemain, je suis retourné au Koweit mais en voiture. Avec un cameraman et un preneur de son. Pas par la côte et Dahran mais par le centre (désert). On nous avait expliqué que c’était encore interdit aux journalistes d’y accéder. Nous venions pour réaliser un magazine sur les dégâts subis par le pays pendant l'occupation irakienne. Dans l’autre sens, revenant du Koweït, l’armée américaine faisait chemin inverse. C’était véritablement « l’invincible armada » qui rentrait de campagne. Le convoi s’étalait sur des kilomètres et des kilomètres. Je n’ai jamais eu l’occasion, depuis sur d’autres théâtres d’opérations, de voir pareilles images.

Je ne me remémore pas, trente ans après, l’entrée au Koweït sans une forme de sourire. Comme je viens de l’expliquer, il était compliqué en ces premiers jours, pour les journalistes d’y entrer. C'est pour cela que j'avais choisi cette route. J'avais revêtu la tenue NBC. Tenue « désert » des militaires français. Pour passer la frontière j'ai ajouté sur la poitrine les barrettes de capitaine données par un officier. Au poste frontière, je suis descendu du Range Rover et suis allé me présenter à un militaire koweïtien. Lui indiquant que nous allions à l’ambassade de France. Le cameraman et le preneur de son, eux, étaient en civil mais cela n’a posé aucun problème. « Mon homologue » m’a remercié et nous a autorisés à entrer…

La Guerre du Golfe

La guerre du Golfe 1 (2 août 1990-28 février 1991) débute le 2 août 1990 avec l’envahissement du Koweït par l’Irak. Une semaine plus tard, François Mitterrand, président de la République, annonce notamment l’envoi du porte-avions  Clemenceau avec son escorte, afin d’assurer la protection du golfe Persique (opération « Salamandre). Le 14 septembre 1990, les Irakiens investissent l’ambassade de France à Koweït City. Une division française « Daguet » est constituée et participera à la coalition contre l’Irak. Qui protégera également l’Arabie Saoudite.

Cette opération porte le nom de Bouclier du désert qui consiste en une longue période de préparation des troupes avant l’offensive alliée baptisée Tempête du désert à partir du 17 janvier 1991. L’assaut terrestre qui suivra durera 100 heures.

Dix militaires français ont été tués, certains étant morts par accident avant le déclenchement des opérations ou après le conflit.

samedi 16 janvier 2021

Le général Baptiste renouvelé

©DR

Délégué national  du Conseil national des communes « Compagnon de la Libération » depuis 2017, le général Christian Baptiste (2s) vient d'être renouvelé dans ses fonctions pour un mandat de quatre ans, par le président de la République. Cet homme de communication avait alors succédé au dernier chancelier de l'ordre de la Libération, Fred Moore. Il ne reste désormais qu'un seul titulaire de la croix de la Libération en vie. Il s'agit d'Hubert Germain, 100 ans, ancien de la 13e demi-brigade de Légion étrangère (DBLE).

vendredi 15 janvier 2021

L'héritage exploré


Jean-Jacques Fradet est un enfant du quartier parisien de Belleville. Il est actuellement directeur des systèmes d'information chez Gras Savoye, groupe français de courtage d'assurance et de réassurance. Auparavant, il a travaillé chez Alstom, la Société générale ou Capgemini. Un profil de cadre dirigeant donc. Je ne le connais pas, mais je suis persuadé qu'il a fait sienne cette interrogation de Chateaubriand : "Sans la mémoire que serions-nous ?" Ce qui me semblerait expliquer l'écriture de Belleville Mamie Blues (L'Harmattan, 2020), livre paru dans une collection qui paraît faite pour lui, "Graveurs de Mémoire". Ces pages, touchantes et tragiques, sont une jolie découverte. Touchantes et tragiques parce qu'elles retracent l'histoire de sa grand-mère, juive polonaise de Tarnow qui, avant ses vingt ans, a fui la vague tragique pour trouver refuge dans le Belleville de l'immédiat avant Seconde Guerre mondiale. Que rencontrera-t-elle ? Les éléments constitutifs de la vie des Israélites (comme nommés alors) la peur, de la dénonciation, de l'arrestation, de partir "vers l'Est" de l'Europe d'où elle venait mais dont on avait que des chances infinitésimales de revenir. Dans cette galerie de portraits, on croise également, un membre de la famille au nom familier aux plus de vingt ans, celui de Charles Denner. Beaucoup de gens se sont essayé depuis la Libération, à écrire sur leur famille. J'ai lu beaucoup de ces livres souvent destinés, uniquement, à laisser une trace aux descendants. Si j'ai souhaité consacrer un post à l'ouvrage de Jean-Jacques Fradet, c'est qu'il possède de vraies qualités. Celui-ci a abordé l'Histoire comme un enquêteur efficace, capable de mettre en perspective les événements. Ce qui permet au lecteur de suivre aisément. Habituellement, je contesterais à un étudiant en journalisme de faire deux citations dans un papier. Mais je vais oser. Et reprendre, celle d'un homme qui a vécu différemment cette période (américain, il est retourné aux Etats-Unis pendant le Seconde guerre pour servir au Bureau de l'information de guerre). Il s'agit de Julien Green. J'ai retrouvé récemment cette réflexion sur une personnalité qu'il évoquait dans son Journal : "Il a quatre-vingt-un ans et d'intraitables souvenirs qu'il va chercher dans la nuit de sa mémoire comme au fond d'une grande caverne pleine de ténèbres; il revient toujours avec quelque chose, un nom, une date, une anecdote..." De cette exploration de la nuit de l'histoire et de la mémoire, Jean-Jacques Fradet en a rapporté tant de souvenirs...