Joseph et John Beyrle, deux générations au cœur de l’histoire avec la Russie
L’histoire diplomatique retiendra que John Ross Beyrle fut ambassadeur des États-Unis en Fédération de Russie de 2008 à 2012. À Moscou (la première de ses trois affectations s'étant déroulée entre 1983 et 1985), il a œuvré à la « réinitialisation » des relations, avant de présider plus tard le conseil d'administration de la Fondation États-Unis-Russie. En 2009, à l'occasion de la Journée des anciens combattants américains, l'ambassadeur Beyrle a invité de nombreux vétérans russes. Un geste politique ? Probablement. Mais aussi un clin d’œil à la mémoire de son père, décédé cinq ans plus tôt.
Du parachutage à la capture
Celui-ci, le sergent Joseph « Jumping Joe » Beyrle, parachutiste du 506e régiment d'infanterie de la 101e division aéroportée, est largué le 6 juin 1944 au-dessus de la Normandie et atterrit près de l'église de Saint-Côme-du-Mont (Manche). Après avoir accompli des opérations de sabotage, il est capturé par les occupants. Ayant l'allemand comme langue maternelle, il comprend les conversations de ses geôliers tout en cachant sa maîtrise linguistique pendant les interrogatoires.
L’Armée rouge
Le prisonnier, après deux évasions manquées, s'échappe du Stalag III-C à Alt Drewitz (à 80 km de Berlin) au début de l'année 1945 et rejoint une brigade blindée de l'Armée rouge en criant — racontera-t-il ultérieurement — « Amerikansky tovarishch ! ». Autorisé à combattre aux côtés des Soviétiques, il participe à la libération de son ancien camp de prisonniers avant d'être blessé lors d'une attaque aérienne. À l'hôpital, le maréchal Gueorgui Joukov s'intéresse à son histoire et lui délivre les documents nécessaires pour se rendre à l'ambassade américaine à Moscou.
Déclaré mort au combat
Arrivé à la représentation diplomatique américaine en février 1945, Beyrle apprend que l'armée américaine l'avait officiellement déclaré mort au combat le 10 juin 1944 et qu'une messe de funérailles avait été dite dans sa ville natale. Après confirmation de son identité par empreintes digitales, il est rapatrié en avril 1945 et épouse sa fiancée en 1946 dans la même église, lors d'une cérémonie célébrée par le même prêtre qui avait officié lors de son propre service funèbre.
Illustration : ©DR.
