Grué, Helferstorfer, Bosy : honneur et fidélité

Cette année, le porteur de la main du capitaine Danjou est originaire de Bordeaux (Gironde) où il né il y a 99 ans. Les accompagnateurs sont eux natifs de Wantendorf (Autriche) et d’Aubin (Aveyron). Ils ont tous deux 95 ans. Ce sont cet officier, ce sous-officier et ce 1ere classe, tous trois anciens d’Indochine que la Légion honorera le 30 avril à Aubagne (Bouches-du-Rhône) lors de ce Camerone « De Sontay à Dien Bien Phu : la Légion étrangère en Indochine ».

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Colonel Bernard Grué, porteur de la main du capitaine Danjou
Une carrière comme le XXème siècle pouvait en offrir. Engagé volontaire en novembre 1945, il est admis quatorze mois plus tard à l’école spéciale militaire interarmes. A la fin de scolarité, direction l’Allemagne où il très vite promu sergent-chef. Avant de rejoindre l’école d’application de l’infanterie. Puis c’est la Légion en 1948 et Sidi Bel Abbès. Six mois plus tard, embarquement pour l’Indochine et direction le 3e REI. En septembre 1950, le lieutenant Grué défend le point d’appui de Dong Khe fortement attaqué. On se bat au corps à corps. Le jeune officier est blessé, perd connaissance et est capturé. Il passera 47 mois en détention au camp n°1. Puis est évacué à Paris. Où il poursuit sa formation, notamment linguistique. Diplômé de persan, le capitaine Bernard Grué part en Algérie, puis revient en métropole pour intégrer le centre militaire d’études slaves. Il suit ensuite les cours de l’école de guerre…iranienne à Téhéran. En 1968, affectation à l’ambassade de France à Moscou comme attaché militaire adjoint où il reste quatre ans avant de partir commander le 46e régiment d’infanterie à Berlin puis en 1974 rejoint le SDCE (service qui s’appelle aujourd’hui DGSE). En 1978, le colonel Grué quitte l’armée avant d’accomplir une seconde carrière dans l’industrie pharmaceutique. Il est, notamment, grand officier de la Légion d’honneur.

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Major Alfred Helferstorfer, accompagnateur
Le 30 avril, l’ancien adolescent de Basse-Autriche, qui marchera un peu en retrait du porteur de la main sur la Voie Sacrée, se souviendra certainement de son engagement chez les képis blancs. IL y a quasiment 78 ans. Il avait 17 ans. Quelques mois plus tard, embarquement pour l’Extrême-Orient où il est affecté au 2e REI. Il est très rapidement blessé par éclats de grenade. Par deux fois, en 1949, il est cité à l’ordre de la brigade. En avril 1950, après trois ans de présence le sergent Helferstorfer prend la direction du Maroc puis le centre de recrutement d’Offenburg. Au terme de son contrat, il en signe un nouveau. 4e REI à Meknès, 5e REI à Turenne (Algérie). En février 1963, devenu adjudant-chef il rengage à titre français et rejoint le 1er RE qui vient de prendre possession de ses quartiers à Aubagne. Après le 5e régiment mixte en Polynésie, le 1er RE, la 13, le 1er RE à nouveau puis le 3e REI, retour en 1981, une nouvelle fois au 1er régiment étranger. Le major Helferstorfer est, notamment, titulaire de médaille militaire ;  il est officier de l’ordre national du Mérite.

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Légionnaire de 1ere classe Joseph Bosy
Lui aussi a vécu dans son adolescence et sa jeune vie d’homme les douleurs infligées par la Seconde Guerre mondiale. Né dans l’ancien bassin minier aveyronnais, il est arrêté avec sa famille d’origine polonaise catholique, en décembre 1942, et conduit au camp de Gurs (Pyrénées-Atlantiques)*. Alors qu’ils doivent être déportés en Allemagne, lui saute du train avec son frère, Jean. Et tous deux s’engagent dans la Résistance. Jean y trouvera la mort. Sa famille ne rentrera pas des camps. Joseph Bosy s’engage en novembre 1946 dans la Légion. Saïgon en mars 47 puis les unités de génie jusqu’en 1950. 
Le 21 février 1954, dans le centre Vietnam, lors d’une patrouille à pied avec des éléments du 71e bataillon de génie, le légionnaire de 1ère classe Bosy décide de prendre la tête de la progression. Il saute sur une mine. Une citation et l’attribution de la croix de guerre. A peine remis, trois semaines plus tard, lors d’une embuscade, il porte secours à un sous-officier blessé. Nouvelle citation, nouvelle décoration. En 1956, il est avec le 5e REI, dernière unité à être présente sur le sol indochinois qu’elle quittera à la mi-mars. Nouvelle citation, nouvelle décoration. En 1956, il est avec le 5e REI, dernière unité à être présente sur le sol indochinois dont elle partira à la mi-mars. Rayé des contrôles, il retourne dans l’Aveyron. Seul, il réintègre la famille légionnaire, le 3 janvier 1957. Retour au 5e REI puis au 1er RE. Il quitte les képis blancs en juillet 1962. Puis travaillera à l’ORTF jusqu’au début des années 80. Chevalier de la Légion d’honneur, médaille militaire, croix de guerre, le légionnaire Bosy est notamment titulaire des trois citations.

*Celui-ci est utilisé en 1939 pour y interner des personnes fuyant l’Espagne franquiste, puis en 1940 des ressortissants de pays en guerre contre le France et des communistes favorables au pacte germano-soviétique, enfin, après la défaite, principalement des juifs étrangers.

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