Christophe Gleizes, l'otage du 8 mai
En ce 8 mai, la mémoire est un champ de mines entre la France et l'Algérie. Alors que les cloches sonnent dans l’hexagone pour célébrer la victoire sur le nazisme, la ministre déléguée aux armées, Alice Rufo se rend en Algérie afin de commémorer le massacre de Sétif (et Guelma), le 8 mai1945. Dans ces deux villes du Constantinois, des incidents éclatent lors des défilés. L’apparition de drapeaux algériens et de slogans indépendantistes déclenche un engrenage de violences, puis une féroce répression qui va durer plusieurs semaines. Au total, plusieurs dizaines de milliers d’Algériens sont tués ainsi que 102 Européens.
Retour de C. Gleizes
Dans ce climat de réconciliation mémorielle fragile, l'Élysée a fixé un cap clair : la restauration d'un « dialogue efficace ». Pour cela, l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, rappelé à Paris il y a un an, accompagne la ministre et effectue donc son retour dans la capitale algérienne. Il aura, précise l’Elysée, une « attention prioritaire au retour de Christophe Gleizes. »
Ce choix n'est pas anodin. Il rappelle que derrière les grands récits historiques se cache la réalité brutale d'un homme de 37 ans, otage d’Etat, condamné à sept ans de prison pour une accusation « ahurissante » d'apologie du terrorisme, fondée sur de simples contacts professionnels avec des dirigeants kabyles en 2015 et 2017. Gleizes est devenu, aux yeux de nombreux observateurs, le « premier otage français » d'une guerre diplomatique asymétrique menée par Alger.
Un pion
Le parallèle avec le 8 mai est d'une amère ironie. Tandis que la France honore la fin de l'oppression, son ressortissant croupit dans une cellule de la prison de Koléa pour avoir exercé sa liberté d'informer. Le régime algérien, qui a souvent cherché à asseoir sa légitimité en usant jusqu’à la corde de l'histoire coloniale, reproduit aujourd'hui l'arbitraire en utilisant un reporter comme un « pion » sur l'échiquier des tensions bilatérales.
Pourtant, une fenêtre d'espoir semble s'ouvrir. En faisant le choix douloureux de renoncer à son pourvoi en cassation, Christophe Gleizes a délibérément ouvert la voie juridique à une grâce du président Abdelmadjid Tebboune. Ce geste, couplé également à la récente visite de Ségolène Royal au centre pénitentiaire de Koléa, suggère que les coulisses diplomatiques s'activent pour dénouer ce « scandale d'État ».
Libérez Christophe !
De la Fédération Française de Football, qui affiche son portrait sur sa façade, aux médias, en passant par Reporters sans frontières (RSF) et aux diverses personnalités qui exigent sa libération, la mobilisation demeure. Mais aujourd'hui, avec la mission confiée à l'ambassadeur Romatet, l'exigence de sa libération quitte le seul terrain de la solidarité pour devenir un pivot de la relation franco-algérienne.
Célébrer le 8 mai, c'est se souvenir que la liberté ne se négocie pas. Un « dialogue efficace » entre nos deux nations ne pourra réellement reprendre que lorsque Christophe Gleizes aura quitté l'ombre des geôles algériennes. Car, comme le souligne l'histoire pathologique de cette relation, on ne construit aucune paix durable sur le sacrifice d'un innocent. Sa place est en France, et son retour est désormais la condition de l'honneur retrouvé des deux côtés de la Méditerranée.
Photo : la façade de la fédération française de football à Paris ©FFF
