Benjamin Chevallier, le saint-cyrien devenu médecin au SAMU de Paris



« Mon général, j’ai l’honneur de choisir de servir à la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris ». Cent fois Benjamin Chevallier a espéré pouvoir prononcer cette phrase. Cent fois, celle-ci a résonné dans sa tête. Et plus le temps passait, plus elle apparaissait cohérente. Entré troisième saint-cyrien* à l’École supérieure d’application du génie (ESAG) à Angers, « je pensais donc que le plus dur était derrière moi. Pourtant, je fus le premier officier à ne pouvoir intégrer la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris ». Une immense déconvenue car, à 25 ans, le jeune homme n’envisage son avenir qu’à la BSPP, au sein de laquelle il a déjà effectué de nombreux stages. Il résume : « ce fut comme un divorce non consenti » qui le conduit immédiatement à démissionner de l’armée, et sans plan B. Avec toutefois en tête, les paroles de son parrain de promotion à Cyr : « Ne pas subir, toujours lutter ».

La fougue de la jeunesse

Treize ans plus tard, Benjamin Chevallier revient avec recul sur cette période et sur ses conséquences. « Peu importe l’officier ou l’homme que nous avons rêvé d’être. Ce qui compte, c’est l’officier ou l’homme que nous serons », écrivait-il récemment dans Le Casoar, la revue des élèves et anciens élèves de l'Ecole militaire spéciale. Apaisé, le jeune officier déçu et certainement blessé va vite chercher une nouvelle voie, toujours dans le secours aux victimes qu’il privilégiait sous l’uniforme. Ce sera la médecine et les urgences. « Voulant m’inscrire en 1re année, j’ai découvert qu’il existait une passerelle sur concours avec accès direct en 3e année pour les étudiants des grandes écoles » explique-t-il.
L’ingénieur diplômé en sciences physiques à Saint-Cyr présente alors le concours et est admis. Le régiment devient l’hôpital ; les compagnies, des services ; les armes, des spécialités. La culture militaire n’est jamais loin.

Les urgences
Interne en réanimation pendant la première vague de COVID-19, le docteur Chevallier explique avoir vécu cette période comme une OPINT (Opération intérieure), engagé dans « la guerre » contre le coronavirus évoquée alors par le président de la République. À la fin de cet internat, diplômé, le trentenaire rejoint le SAMU de Paris et officie aujourd’hui une partie de son temps à l’hôpital Necker. L’autre partie, il la passe à l’hôpital Saint-Joseph, également dans la capitale, à l’accueil des urgences adultes.
Ce métier, où il côtoie les pompiers de la BSPP lors des interventions, réjouit cet homme de terrain. Finalement, mission accomplie, aboutie, comme celle menée par le SAMU lors de la préparation et durant le déroulement des Jeux Olympiques de Paris, en 2024.

Servir
Rien ne prédestinait Benjamin Chevallier, le sapeur à devenir médecin. Même si son grand-père et son père avaient prononcé le serment d’Hippocrate en tant que gynécologues-obstétriciens. Lui voulait tracer sa propre route. 
Devenu praticien civil, il déclare aujourd’hui sa fierté de « servir au SAMU de Paris », tout en portant l’uniforme de médecin capitaine réserviste, à la base aérienne 107 de Villacoublay (Yvelines).
Face à ce passé-présent, l’écrivain américain William Faulkner avait judicieusement remarqué que « le passé n’est jamais mort, il n’est même pas passé ».


*Promotion « Chef d’escadron Francoville »(2008-2011) comme le diplomate Guillaume Courty (voir post du 19 juillet).
Photos : archives personnelles ©BC.

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