Un général tchadien dégradé et suspendu
Hier, lors d'une escale à Torboul dans l'Ennedi Ouest (nord-est du Tchad), le président Mahamat Idriss Déby Itno a pris une décision aussi immédiate que rare : la dégradation séance tenante et la suspension du général Hamoda Mahamat Béchir, commandant de la zone de défense n° 8 et coordonnateur militaire de l'Ennedi Est. Le chef de l'État tchadien reproche, selon la presse locale, à cet officier général ainsi qu'à plusieurs autorités administratives leurs manquements et leur passivité face à un conflit communautaire lié aux pâturages et à l'eau. Il a donc choisi d’afficher une fermeté publique peu commune envers la hiérarchie militaire.
Un précédent marquant
Si les sanctions directes visant des officiers généraux demeurent rares, cette décision rappelle la dégradation tout aussi spectaculaire survenue en avril 2025 à l'encontre du général d'armée Abdelrahim Bahar Mahamat Itno. Ce haut gradé, membre du clan présidentiel, avait été rétrogradé au rang de soldat de 2e classe puis radié après avoir défié le pouvoir. Ces décisions rigoureuses traduisent la volonté explicite du président de réaffirmer que « l'État est impersonnel » et d'exiger des forces armées une obéissance stricte à la hiérarchie plutôt qu'aux solidarités communautaires. Le sociologue Gondeu Ladiba rappelait alors au micro de RFI que c'était « le troisième ou quatrième général appartenant au noyau central des Itno, à subir les foudres de Mahamat Idriss Déby Itno après l'avoir défié publiquement ».
Les failles d'un appareil sous tension
Prise avec le recul nécessaire, cette affaire dépasse largement le cadre d'une simple rivalité pastorale à Torboul. Elle met en lumière les tensions et les fractures internes qui traversent l'appareil sécuritaire tchadien, avivées par la redistribution d'influences et les répercussions de la guerre civile au Darfour voisin. En sanctionnant brutalement sur le terrain et en ordonnant le désarmement immédiat des civils, la présidence cherche vraisemblablementà contenir l'effritement de la cohésion militaire et à stopper l'escalade des réflexes communautaires au sein des forces de défense.
