Niger, Tiani verrouille
À la suite de la mutinerie des 28 et 29 août à Niamey, le chef de la junte, le général Abdourahamane Tiani a engagé un verrouillage méthodique de son pouvoir afin de réduire les espaces susceptibles de le fragiliser.
Remaniement du commandement militaire
Le 11 septembre, le général Moussa Salaou Barmou, membre du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) et chef d’état-major des Armées depuis les premières semaines du régime, a été écarté de son poste. Il est remplacé à la tête des Forces armées (FAN) par le général Mahaman Sani Kiaou, jusqu’alors chef d’état-major de l’armée de Terre. Pour succéder à ce dernier, Tiani a nommé Abdourahmane Abou Zataka. Tous deux sont généraux de brigade. En outre, les postes d’adjoints au sein des états-majors de l’armée de terre et de l'armée de l’air ont été redistribués. Bien qu’aucune accusation publique n’ait été portée contre le général Barmou, l’éviction de cet ancien patron des forces spéciales constitue un bouleversement majeur destiné à s'assurer la loyauté des hauts responsables militaires.
L'encadrement strict de la presse et de l'espace informationnel
Parallèlement à la reprise en main des armées, le pouvoir a renforcé son contrôle sur les médias afin de maîtriser le récit de la crise. Le 2 septembre, le ministère de la Communication et l’Observatoire national de la communication (ONC) ont réuni les responsables des rédactions, présentant la communication de crise comme un enjeu de sécurité nationale. Puis, le 10 septembre, le gouvernement a adopté un projet de texte durcissant l’encadrement de la presse électronique ainsi que la réglementation des correspondants et médias étrangers. En invoquant la défense de sa « souveraineté informationnelle » et la lutte contre la désinformation, le régime s'inscrit dans la continuité de la suspension de neuf médias étrangers décrétée en mai.
Le soutien de l'Africa Corps russe pour sécuriser le régime
Le dernier axe de ce verrouillage repose sur un appui sécuritaire extérieur, révélant un paradoxe au cœur du discours officiel. Selon un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères relayé par l’Agence nigérienne de presse, l’attaque du 29 août a été repoussée par les forces nigériennes « avec l’appui des militaires de l’Africa Corps », une assistance pour laquelle des officiers nigériens ont remercié Moscou. Arrivé au pouvoir au nom de la souveraineté nationale, le régime s'est ainsi appuyé sur une force étrangère pour se protéger d'une partie de ses propres troupes. De plus, ce partenariat militaire n'a pas encore permis de résoudre la menace des groupes jihadistes, qui continuent de mener des attaques meurtrières dans le pays.
