Marc-Antoine Brillant, l'homme qui luttait contre les ingérences russes pris en otage par la politique
C’est un cas d’école de sciences politiques ou de journalisme. L’instrumentalisation d’un départ professionnel pourtant parfaitement négocié. Intoxication sans fondement mais qui salit un homme qui quitte un service de l’État qu’il a contribué à créer, qu’il a dirigé et qui, en quelques mois, est devenu une référence internationale.
THP
Marc-Antoine Brillant, 46 ans, est un saint-cyrien (promotion Général Béthouard, 2002-2003), diplômé de l’École de guerre. Un officier qui a servi notamment au régiment de marche du Tchad et qui, à ce titre, a été engagé dans plusieurs OPEX. Considéré comme un « très haut potentiel » par l’institution, le jeune lieutenant-colonel finira pourtant par la quitter à l’été 2023. « Pour divergences sur son parcours professionnel », raconte l’un de ses amis. Cinq ans plus tôt, l’officier supérieur a été détaché à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI).
Viginum
Où il intègre le cabinet du directeur général de l’époque, Guillaume Poupard et découvre là le cyber. Puis dirige la Task-Force Honfleur, groupe de travail interministériel mis en place à la suite de campagnes de désinformation et de violentes polémiques en ligne visant la France après l'assassinat de l'enseignant Samuel Paty, en novembre 2020. Ce groupe donnera naissance au Service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques (Viginum, 65 collaborateurs) dont le quadragénaire sera le numéro deux avant d’en prendre la direction en octobre 2023, une fois son uniforme rangé, et d’en faire un modèle.
Demain
Il y a quelques mois, Marc-Antoine Brillant, également diplômé d’une école de commerce, commence à réfléchir à son avenir. Malgré les succès, son statut est fragile : il est contractuel. « L’entrepreneuriat le motive, l’enthousiasme », raconte l’un de ses proches. « Alors, il a commencé à prospecter ». Des contacts s’établissent avec Havas Paris, intéressée par une entrée dans le capital de la future entreprise privée de contre-influence en ligne.
Feu vert
Marc-Antoine Brillant informe de ses intentions, sa hiérarchie du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN, dont il dépend). À ce titre, le déontologue de Matignon est saisi. Celui-ci rend, fin juillet dernier, un avis « de compatibilité favorable au projet de reconversion professionnelle ». L’information est transmise ensuite, normalement, au cabinet du Premier ministre (tutelle du SGDSN) et à l’Élysée. À la présidence de la République, si l’on en croit France Inter, le chef de l’État n’aurait appris le mouvement que ces derniers jours, via le magazine Challenges.
Bolloré
Dans la situation politique conflictuelle que vit le pays, un procès d’intention est rapidement été instruit contre Marc-Antoine Brillant au motif qu’Havas est dirigé par Yannick Bolloré, dont la famille détient la majorité du capital du groupe. Et à l’heure d’un rapprochement de son père, Vincent, avec Xenia Fedorova qui interroge autant qu’il inquiète et d’une ligne éditoriale de ses médias, relais des idées d'extrême droite, Marc-Antoine Brillant se retrouve pris en otage et quasiment accusé. Un proche décrit le paradoxe : « Avec Marc-Antoine et Viginum, la France n’a jamais autant dénoncé les manœuvres d’ingérence russes ».
Un autre ajoute : « Même si Viginum, qu’il a façonné, a fait ses preuves en protégeant sept élections, le système montre là son ingratitude ». Si cela ne suffisait pas, un nouvel obstacle vient d’être installé sur le chemin du futur ex-patron de Viginum : la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), bien que non compétente sur un tel dossier, a été saisie. Marc-Antoine Brillant attend désormais son avis.
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