Bienvenue à Paris


Il est un peu plus de 20 h hier soir dans cette rame de métro parisien bondée. Tous les deux sont silencieux. Vêtus de noir, leur capuche sur la tête. L’un est longiligne, l’autre fait une tête de moins. Ce sont des adolescents. 15-16 ans. Le plus petit porte des lunettes et un duvet ombrage sa lèvre supérieure. En entrant dans le wagon, il a ôté le masque noir qu’il portait. Comme son binôme. Dans sa main droite, il tient une paire de chaussons de femme fourrés qu’il ne cherche pas à dissimuler. Image décalée, voire surréaliste. Aucun passager ne semble faire attention à eux. Ou ne veut le faire.
Il y a quelques minutes, à deux cents mètres de la station, rue de Rivoli, rentrant de voyage, j’ai assisté au pillage d’un magasin de vêtements et d’accessoires. Mêmes profils, des garçons surtout, dans les mêmes tranches d’âge, masqués pour la plupart, défonçant la vitrine, puis entrant quelques secondes seulement et emportant quelques vêtements tels de dérisoires trophées. Une nuée de téléphones filme. Les images se retrouveront sur les réseaux sociaux. Aucune revendication, aucune pancarte, seulement de la violence gratuite hors de la présence des forces de l’ordre. L’inacceptable qui annonce l’intenable.
Alors que je circule avec ma valise, un garçon croisé à proximité me lance : « Bienvenue à Paris ! »

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