Stress post-traumatique du combattant, l’invisible ennemi (1)

Ils s’appellent Jean-Louis, Nicolas et Xavier. Tous trois ont été militaires. Dans l’armée de Terre. Ils ont en commun d’avoir eu leur trajectoire lourdement fendue par une blessure. Physique ou psychique, en l’occurrence le stress post-traumatique. Parfois l’une suivant l’autre.
Hier, ces hommes (ils étaient en réalité six) se sont retrouvés lors d’une table-ronde organisée au salon du livre militaire de Brive (Corrèze) à raconter leurs souffrances, leurs douleurs intimes, ce désespoir qui conduit au bord du précipice, la patience de leur épouse et de leurs proches, l’écoute des médecins et l’apport de certains dispositifs dédiés. Afin d’entamer ou de tenter d'engager une reconstruction. Encore faut-il être identifié ?

Honte

Xavier lui s’est tu. « Pendant 20 ans, par honte, je n’ai jamais parlé de ce stress post-traumatique ». Cet ancien du 35e régiment d’infanterie (Belfort) a « vu et fait des choses » en Bosnie, au Kosovo, qui ont provoqué ses troubles.
Jean-Louis

« Mal intérieur. Je me noie dans ce mal intérieur. Qui me ronge, me ruine et me crève le cœur… ». Pour en parler, Jean-Louis a écrit. Sous-officier, 37 années de services. 2e groupe de chasseurs, 150e et 151e régiments d’infanterie, 1er régiment de chasseurs, 4e régiment de dragons et d’autres…Et les OPEX qui vont avec. Et surtout Bouaké en 2004 puis l’Afghanistan. « La retraite a tout déclenché » raconte-t-il.

La coupe était pleine
C’est au retour d’un énième déploiement que Nicolas comprend que « cela ne va pas ». Ce sous-officier a servi au 27e bataillon de chasseurs alpins, au 110e régiment d’infanterie, au 1er régiment de tirailleurs. Lors de son deuxième séjour en Afghanistan, il est blessé. « A mon retour du Mali, j’ai dû faire face à une réalité plus difficile que la blessure physique, et je sais de quoi je parle, celle du stress post-traumatique. La coupe était pleine… ».
Nicolas poursuit. « Cela faisait bien longtemps que mon épouse avait compris que je tirais trop sur la corde ». Il faut à ce presque quinquagénaire du temps pour le concevoir, l'accepter, essayer de se reconstruire. « Ce chemin, je l’ai mené exclusivement grâce à elle, forte et fière, qui a été mon pilier ».

Les silences de la mémoire
Jean-Louis après avoir affronté plusieurs « étapes nauséabondes » met des mots sur les maux. C’est d’ailleurs le titre de son premier livre. Suit « Les silences de la mémoire ». « Des kms pour apaiser leurs mots » est le troisième. Dans celui-ci, il raconte un périple accompli en 2024 ; 6 mois et 3 jours en marchant 25 à 30 km quotidiennement. Au total un parcours de 4 800 km, logeant chez l’habitant (accueillant) récoltant 40 000 euros reversés intégralement à des œuvres sociales. Il envisage aujourd’hui de faire traverser, à l’automne, le pont Alexandre III à Paris à des porteurs de drapeaux, des blessés. « De nombreux blessés issus de diverses institutions ont été oubliés ou laissés sur le bord du chemin. Ce sont des vies, des parcours, des réalités souvent invisibles. Face à cela, nous refusons cet état et les signatures apposées sur tous ces drapeaux prouveront le soutien de la population envers eux. »
Nicolas

Résilience

Nicolas, atteint également d’une maladie chronique, se consacre à un rêve. Justement nommé « Résilience ». Partir en moto, fin juin, avec deux compagnons de route vers la Mongolie. Soit 30 000 km en trois mois. L’ONaCVG « mon partenaire privilégié m’a apporté un soutien financier qui m’a permis de financer la moto »*.
Xavier a partagé, hier également, une partie de son intimité avec le public corrézien. Il dit : « Lors de mon deuxième séjour au Kosovo, j’envisageais le suicide. Une alerte m’en a empêché. » Retour à la vie civile et à son métier d’ouvrier agricole dans le Lot. C’est là où tout bascule. « Je fais 7-8 cauchemars par nuit » explique-t-il. L’eau de vie, qui porte mal son nom, pour avoir le courage d’aller simplement au lit. Silence sur ses troubles « Quand je vais au restaurant, je dois voir la salle et je ne dois pas être trop loin de la porte d’entrée 
».
Xavier ©Marc Louison Actu Lot

La peur du monde

« J’ai deux enfants, une fille et un garçon. J’ai honte, je n’ai jamais pu les amener à la neige ou la mer en pleine saison. » Xavier touche une allocation adulte handicapé et une pension d’invalidité pour la fibromyalgie (pathologie associée aux troubles du sommeil). Il a enfin pris contact avec la médecin du 35e RI de Belfort. S’il décline un traitement médicamenteux, il consulte le psychologue du 126e RI de Brive et fréquente désormais la maison Athos de Villefranche de Lauragais (Haute-Garonne). Et puis, en septembre dernier, Vador est arrivé dans sa vie. Ce placide labrador est sa bouée de sauvetage. « Il me réveille si, par exemple, je fais des cauchemars » qui ont tendance à s’atténuer…

A suivre, les témoignages de Vincent, Henri et Laurent.

*Nicolas cherche toujours à financer son projet. Vous pouvez y contribuer :

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