6 millions d’Ukrainiens ont combattu dans l’Armée rouge contre le nazisme malgré les crimes de Staline
Pour les relais russes en France, la présence d’un détachement ukrainien lors du défilé du 14 juillet (voir post du 25 juin) est une insulte, « le régime de Kiev étant l’héritier des bandéristes alliés aux Nazis lors de la Seconde Guerre mondiale ». Un narratif habituel utilisé par Moscou et ses supporteurs. Mais comme l’histoire de la Seconde mondiale ne commence pas le 22 juin 1941, jour de l’invasion de l’URSS par les troupes allemandes telle que réécrite par Vladimir Poutine (gommant ainsi le pacte germano-soviétique), considérer les Ukrainiens, durant la même période, comme des complices d’Hitler, relève également de la reconstruction historique.
Crimes de Staline
L’Holodomor, la famine génocidaire orchestrée par Staline en 1932-1933, a provoqué la mort de 3 à 5 millions d’Ukrainiens. Ce crime délibéré visait à anéantir la nation ukrainienne en s'attaquant notamment à ses agriculteurs. Ce traumatisme historique est la clé pour comprendre pourquoi, lors de l'invasion allemande de 1941, une partie de la population mais une partie seulement a initialement accueilli la Wehrmacht comme une force de libération face à la terreur soviétique.
Le ralliement de certains bataillons nationalistes ne peut s’expliquer sans évoquer les massacres du NKVD, la dékoulakisation (campagne de répression contre les petits propriétaires) et donc l’Holodomor, qui ont transformé l’Ukraine en l'endroit le plus meurtrier de la terre avant même le début du conflit mondial.
Les choix
Prise en étau entre deux impérialismes, l’Ukraine a vu une partie de son mouvement nationaliste parier sur l'Allemagne pour détruire l’URSS et restaurer une souveraineté brisée par Moscou. Pour ces combattants, le régime stalinien était l'ennemi existentiel. Cependant, l'espoir d'une alliance d'égal à égal était un mirage : Hitler considérait l’Ukraine comme un simple espace colonial (« Lebensraum ») à exploiter, prévoyant lui aussi de déporter ou d'affamer des millions de personnes supplémentaires.
Il est essentiel de rappeler que la collaboration fut loin d'être unanime. Six millions d’Ukrainiens ont combattu dans l’Armée rouge à partir de 1941 contre le nazisme. La moitié, au minimum ont été tués. En réalité, plus d'Ukrainiens sont morts en combattant Hitler que de soldats américains, britanniques et français réunis. Précisons également que les pertes civiles ukrainiennes se chiffrent à cinq millions. Parmi lesquels, il faut compter un million et demi de Juifs, soit un quart des victimes de la Shoah.
Bandera
« Ces collaborateurs ont servi dans la police allemande et dans les administrations sous régime d’occupation, prêtant directement main-forte au génocide, avec la participation d’une partie de la population locale. Le massacre de Babi Yar à l’extérieur de Kiev vit ainsi 33 771 Juifs assassinés par balle par la police allemande et des auxiliaires ukrainiens les 29 et 30 septembre 1941. Environ 13 000 volontaires ont formé la 14e division SS en 1944 » rappelait en mai 2025, Le Monde diplomatique. Quant au nationaliste ukrainien Stepan Bandera, cité au début de cet article, qui a créé la Légion ukrainienne, proclamera le 30 juin 1941, l’indépendance de l’Ukraine. Bien que collaborateur des nazis, il sera arrêté et envoyé au camp de concentration d’Oranienbourg-Sachsenhausen.*. Libéré en 1944, il demandera des armes aux Allemands pour lutter contre les Soviétiques.
Ignorer ce contexte permet à la désinformation actuelle de « nazifier » l'ensemble de l'identité ukrainienne.
*Deux de ses frères mourront à Auschwitz.
Illustration : Stepan Bandera ©Wikipedia.
