La mémoire de Marc Bloch


Depuis quelques semaines les Français font connaissance avec Marc Bloch qui entrera mardi, avec son épouse, au Panthéon. Et ce, 82 ans après son exécution par les Allemands. Historien médiéviste, cofondateur de la revue des Annales et résistant, l’auteur de L’étrange défaite, ouvrage de référence sur l’écroulement de la France en 1940, est, en particulier, le fondateur d'une nouvelle école de pensée historique.

Un soldat
Mais cet universitaire alsacien est aussi un combattant de deux guerres mondiales. Durant la première, il est quatre fois cité et reçoit, notamment, la Légion d’honneur. En 1939, il a 53 ans et est père de six enfants, bien que non mobilisable, il tient à s’engager. Il s’autoproclamera alors, « capitaine le plus âgé de France ». En juin 40, l’officier est à nouveau cité.

Un résistant

Fin 1940, les juifs sont exclus de la fonction publique. Marc Bloch est exempté avec 9 autres professeurs et envoyé à la faculté de lettres de Montpellier. Où il restera jusqu’à l’arrivée des Allemands en novembre 42. Ensuite, il se jette dans la Résistance. Membre de Franc-Tireur,  il dirige, début 1944, les Mouvements Unis de la Résistance (MUR) pour la région de Lyon. Il est alors, Fougères, Benjamin, Arpajon, Chevreuse, Narbonne dans la clandestinité. Arrêté le 8 mars, il est torturé à la prison de Montluc et exécuté dans l’Ain le 16 juin, aux côtés de 29 autres résistants.
Voilà pour la biographie. Dans Apologie pour l’histoire ou métier d’historien, ouvrage posthume de Marc Bloch, celui-ci écrit : « J’ai souvent raconté des récits de guerres et de batailles. Connaissais-je vraiment, au sens du verbe connaître, connaissais-je par le dedans, avant d’en avoir éprouvé moi-même l’atroce nausée, ce que sont pour une armée, l’encerclement, pour un peuple, la défaite ? »

Dilexit veritatem

Je tiens, pour conclure, à évoquer l’humanité de cet homme, à travers l’extrait d’une lettre que Marc Bloch, officier de renseignement, adresse à une demoiselle Bernard, le 17 août 1918, en réponse à une question que celle-ci lui a posé quant à son frère caporal. Précisons qu’un autre de ses frères a précédemment perdu la vie sur les champs de bataille. Bloch doit ainsi l’informer de la mort de son subordonné. « Je vous demande très humblement pardon du coup terrible que ma réponse va vous porter… ». Puis « Je ne chercherai pas, mademoiselle, de vous offrir des consolations dont vous ne voudriez point… » Deux mots constituent l’épitaphe de Marc Bloch, Dilexit veritatem,
« j’ai chéri la vérité ».

Illustration : ©DR

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