Russie, la fin des illusions en Ukraine ?

 


Depuis février 2022, la Russie a provoqué une guerre avec l’Ukraine, sensée être brève. D’où le nom donné par les hiérarques à Moscou « d’opération militaire spéciale ». 52 mois plus tard celle-ci, de moins en moins spéciale, se poursuit. Avec des bilans humains catastrophiques dans les deux camps.

Clignotants au rouge
Sur le plan militaire, les résultats sont maigres, malgré la communication du Kremlin relayée par ses inconditionnels, notamment français (civils et parfois militaires). Avec des gains territoriaux limités et des FAFR qui ne progressent pas. Les lignes de front se stabilisent tandis que je viens de l’évoquer, les pertes humaines mais aussi matérielles sont majeures. Comme le précise le politiste russe Vladislav Inozemtsev* « Celui qui ne "capitalise" pas sur ses premiers succès, et espère devenir à la fin le plus grand stratège de l’histoire, reste perdant ou, à tout le moins, ne gagne pas 
». Pour lui, « le Kremlin est enlisé dans une guerre sans issue en Ukraine ». Autre conséquence : l’économie de guerre s’essouffle. Et l’opinion publique russe, bien que bridée, semble montrer des signes de démotivation.

Repli ?
« Le retrait des troupes d’Afghanistan en 1989 a été accueilli en Russie avec soulagement, de même que la paix de compromis avec la Tchétchénie en 1996. On peut penser qu’il en irait de même en cas d’évacuation par la Russie des régions occupées en Ukraine. En 2022, l’évacuation de Kherson a été accueillie par l’opinion russe avec une parfaite indifférence » analyse l’universitaire française Françoise Thom** :
En cette mi-juin 2026, la Russie n’a pas neutralisé l’Ukraine et alors qu’un scénario, un repli, inenvisageable il y a encore quelques mois prend de l’épaisseur, le Kremlin use et abuse d’éléments de langage pour masquer une réalité qu’il va devenir difficile de nier. Mais comment aborder ce scénario potentiel en gardant la tête haute ? « Par exemple en multipliant les acteurs pour de futures discussions de paix » explique un diplomate français. « C’est ainsi que l’on peut lire l’attaque de drone en Roumanie et le ciblage, en mer Noire, d’un navire turc ». En marge d’un récent colloque à Paris, un officier supérieur résumait ainsi la situation : « La Russie est en train de masquer sa défaite mais tient à écrire l’issue ».

*Desk Russie, 31 mai 2026
** Agrégée de russe, maître de conférences (HDR) émérite en histoire contemporaine de l’université Paris-Sorbonne. Entretien à Diploweb.com, 6 mars 2026.

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