L’amour impossible d’une russe et d’un ukrainien
En 2022, en pleine invasion de l'Ukraine, Svetlana Savelyeva, traductrice russe parlant couramment l'ukrainien grâce à son grand-père de Kharkiv, rencontre sur un site de rencontre Oleksandr Chechotka, un sergent de l'armée ukrainienne. Une relation amicale naît, puis celle-ci devient amoureuse mais à distance. Ne pouvant le rejoindre directement en raison de la fermeture des frontières russes, Svetlana s'exile successivement au Kazakhstan, en Arménie et en Turquie, mais se voit refuser l'entrée en Ukraine via la Moldavie.
La tentative de traversée de la ligne de front
Face à cette impasse, en octobre 2024, Svetlana échafaude un plan complexe : traverser la ligne de front dans la région de Koursk à bord d'un taxi pour rejoindre les zones sous contrôle ukrainien. Malgré les supplications d'Oleksandr de renoncer, la jeune femme poursuit sa route. Son téléphone s'éteint définitivement le 16 octobre 2024. Si le chauffeur de taxi s'en tire avec une amende clémente, Svetlana, aux mains du FSB, disparaît. Durant les premières semaines de sa détention au secret, elle subit des passages à tabac, de la torture et des menaces de violences sexuelles pour lui extorquer des aveux filmés. « Et elle est ballottée entre prisons officielles et officieuses russes depuis près de deux ans » raconte le site russe en exil Novaïa Gazeta Europe, en contact avec sa mère.
Le calvaire dans les geôles russes
En avril 2026, au terme d'un procès classé secret-défense, Svetlana est condamnée à 15 ans de prison pour « tentative de trahison ». Sa détention provisoire est un calvaire : elle est maintenue au secret dans une cellule disciplinaire humide et insalubre en sous-sol à Moscou. Sa santé décline de façon alarmante, tandis que sa mère, Lyudmila, ruinée après l'incendie de sa maison à Irkoutsk, a dû fuir la Russie pour la Serbie, où son loyer est pris en charge par Oleksandr.
Une reconnaissance internationale en tant que prisonnière politique
Depuis la révélation de son affaire à l'été 2026, l’ONG russe de défense des droits de l'homme Memorial a reconnu Svetlana Savelyeva comme prisonnière politique, confirmant que l’accusation de trahison (selon laquelle elle aurait prétendument suivi un entraînement militaire pour combattre la Russie) est fausse et que sa détention « viole son droit à un procès équitable ». Des médias indépendants comme Meduza (en exil) ont largement relayé son histoire, et des campagnes de soutien international telles que Write to Russia et « Votes Behind Bars » de l'organisation OVD-Info invitent désormais le public à lui écrire des lettres pour rompre son isolement.
Plaidoyer difficile pour un échange
Aujourd'hui, Oleksandr combat toujours dans le Donbass mais se bat également pour elle. Avec Lyudmila, ils ont écrit au président Volodymyr Zelensky pour tenter d'intégrer Svetlana dans un échange de prisonniers. Cependant, la tâche est difficile : le médiateur ukrainien Dmytro Lubinets rappelle que la priorité absolue de Kiev reste la libération de ses propres civils et soldats captifs, et non de citoyens russes. Pourtant, quelques précédents d'échanges de citoyens russes ayant soutenu l'Ukraine permettent à Oleksandr et Lyudmila de garder un espoir tenu.
Photo : Svetlana Savelyeva © Archives personnelles/Novaïa Gazeta Europe.