BIR-C la milice numérique au service de la junte du Burkina Faso


Qu'y a-t-il en commun entre Célestin Simporé, Wangnin Zerbo, Bationo de Kyon et Ibrahim Traoré ? Tous sont des rouages essentiels, à différents niveaux, du Bataillon d'intervention rapide de la communication (BIR-C). Cette organisation est présentée par les partisans du régime comme un pilier fondamental « de la souveraineté nationale ». Pour le capitaine Ibrahim Traoré le chef de la junte, ces communicateurs d'un genre nouveau sont investis d'une mission claire : déconstruire « le mensonge » des médias dits impérialistes et « renforcer la conscience nationale ».

Aigle
Pourtant, cette image de gardiens de la vérité est vigoureusement contestée par une organisation comme Reporters sans frontières, qui qualifie le BIR-C de « milice numérique ». Selon RSF, ce groupe ne serait pas un simple mouvement citoyen spontané comme le régime le présente, mais une structure organisée au sein de laquelle les plus hautes autorités sont directement impliquées. L'enquête de RSF révèle ainsi que le général Célestin Simporé, actuel ministre de la Défense, aurait été identifié dans un groupe WhatsApp interne nommé « Aigle », où il aurait lui-même incité à la propagation de fausses informations pour discréditer des acteurs régionaux.

Menaces
Sur le terrain numérique, des activistes influents tels que Wangnin Zerbo et Bationo de Kyon mènent l'offensive. Ils sont accusés de diriger des « essaims » numériques pour harceler, notamment, les journalistes critiquant la junte, à l'instar de Yousra Elbagir, journaliste anglo-soudanaise reconnue, victime de calomnies et de photomontages dénigrants. Le recours à la désinformation est, comme l’explique RSF, une pratique courante.
Plus grave encore, les publications sur le réseau social Facebook de ces auxiliaires du régime serviraient parfois de prélude à des mesures de répression physique : des journalistes comme Guezouma Sanogo ont, en effet, été menacés par ces membres du BIR-C sur les réseaux sociaux juste avant d'être arrêtés ou réquisitionnés de force pour le front.

Soldats de l’information
Mécanique d'intimidation des voix dissidentes, le BIR-C
ces « soldats de l'information » sur le terrain numérique — emprunte le nom d’unités militaires créées par un décret du 14 novembre 2022 du capitaine Ibrahim Traoré. Il s'agit des six bataillons d’intervention rapide (BIR), qui ont des objectifs militaires et sécuritaires précis pour répondre à la situation du pays.
Lors de la publication, le 23 juillet, de l’enquête de RSF signée d’Arnaud Froger responsable du pôle investigation de l’ONG, le BIR-C réagissait sur Facebook ainsi : « Arnaud Froger est un agent de manipulation, binôme opérationnel de Yousra Albagir au sein de l’unité d’action « désinformation et manipulation », un tandem entre la DGSE et du MI6 britannique ».

Photo Capitaine Ibrahim Traoré © Facebook.

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