La souveraineté moldave au défi d’ingérences russes multiformes



Dans deux jours, la Moldavie célèbre sa fête nationale et les 35 ans de son indépendance. Pourtant, cette jeune démocratie fait face à des ingérences russes systématiques qui menacent de parasiter ses processus électoraux et souverains. La priorité absolue du Kremlin est de soumettre l'Ukraine, puis de prendre le contrôle de la Moldavie comme le rappelait, par exemple, le New York Times, le 14 août dernier, ce que ne cessent de dire les services de renseignement occidentaux. Pour saper l'autorité de l'État, Moscou déploie un vaste éventail de techniques hybrides visant à diviser la société moldave et à délégitimer ses institutions.

La corruption financière et la manipulation électorale
L’influence russe s’appuie d'abord sur une corruption financière massive et directe. Lors de la présidentielle d'octobre 2024, des réseaux russes liés à la banque Promsvyazbank ont, selon Viorel Cernăuțeanu, à la tête de l’inspection générale de la police moldave, payé plus de 130 000 citoyens moldaves pour soutenir des candidats pro-Kremlin, pesant lourdement sur le scrutin. Ce réseau pyramidal de corruption est notamment soutenu par l'homme d'affaires moldave Ilan Shor, condamné à 15 ans de prison par contumace dans son pays et ajourd'hui
réfugié à Moscou. Ce dernier utilise des plateformes comme Telegram pour recruter et rémunérer des manifestants afin d'entretenir un climat d'instabilité. En parallèle, des partis politiques locaux bénéficient de financements russes illégaux pour fausser le jeu démocratique.

La désinformation et l’instrumentalisation de la religion

Sur le plan culturel et social, Moscou utilise de puissants leviers d'influence médiatiques et religieux. Les médias pro-russes, historiquement dominants en Moldavie, propagent des récits anti-occidentaux et anti-roumains, exploitant les thèmes de l'énergie et de l'économie pour alimenter la peur d'une perte de souveraineté. Par ailleurs, l'Église est également instrumentalisée : des prêtres moldaves ont reçu des cartes bancaires russes créditées de 1 000 dollars en échange de sermons ciblant l'Union européenne. Enfin, la Russie alimente un récit de victimisation au sein de la région autonome russophone de Gagaouzie pour l'éloigner du pouvoir central.

De la subversion physique au chantage militaire

La déstabilisation russe franchit également le seuil de la violence physique. En vue des élections législatives de 2025, le Kremlin a financé la formation de centaines de Moldaves dans des camps en Serbie, en Bosnie-Herzégovine et en Russie (près de Moscou). Encadrés par des milices privées russes, ils y ont appris le maniement des armes, des explosifs et des drones pour provoquer des troubles. À cela s'ajoute la présence militaire russe en Transnistrie (région séparatiste de Moldavie frontalière de l'Ukraine) depuis 1992, renforcée par des intrusions répétées de drones russes dans l'espace aérien et des menaces directes d'intervention armée de la part de hauts responsables à Moscou. Par ces pressions constantes, la Russie tente d'imposer un état d'instabilité permanent pour freiner la trajectoire européenne de la Moldavie.

Photo : Ilan Shor ©Cotidianul md

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