Le chantage à la normalisation de Bakou
« Arrestation arbitraire, détention arbitraire, procès arbitraire, condamnation arbitraire » voici ce que l'on pense à Paris après la condamnation hier, à Bakou, de Martin Ryan à 10 ans de prison pour « espionnage »*. Ce citoyen français, PDG de Merkorama LLC effectuera-t-il la totalité de sa peine ou sera-t-il expulsé avant la fin de celle-ci ? Si le verdict lu par le juge Elmin Rustamov précise que l’entrepreneur français sera expulsé une fois l’intégralité de la peine effectuée, il semble clair que la clé, politique, est entre les mains du président azerbaïdjanais.
Arménie
Pour comprendre cette affaire, il fait remonter à 2020 lorsque les relations entre nos deux pays se sont considérablement détériorées à la suite de la décision de Paris de soutenir l’Arménie lors du conflit du Karabagh. Erevan achetant du matériel militaire à la France, le ministre des Armées de l’époque, Sébastien Lecornu, se déclarant, également, prêt à fournir des missiles.
Réponses de Bakou
En septembre 2024, un autre français, Théo Clerc était, opportunément, condamné à trois ans de prison pour des graffitis sur des rames du métro de la capitale azerbaidjanaise. Le 27 mai 2025, celui-ci bénéficiait d’une grâce présidentielle et rentrait en France. En outre, pour nuire à la France, l’Azerbaïdjan a créé le Groupe d’initiative de Bakou, qui dénonçait à longueur de communiqués et de conférences le comportement colonial de Paris dans l’outre-mer français, notamment en Nouvelle-Calédonie. N’hésitant pas à user et abuser de fake news.
Normalisation ?
En octobre dernier, lors du sommet de l’UE à Copenhague, Ilham Aliyev et Emmanuel Macron décidaient de « repartir à zéro ». D’où une trêve dans l’activisme du BIG. En février, à Munich, le chef d’Etat caucasien, dans une interview à France 24 se déclarait prêt à normaliser ses relations « Je pense que les deux parties savent comment y parvenir » ajoutait-il. Il y a quelques jours, la France affichait « sa solidarité » avec l’Azerbaïdjan après l’attaque de drones iraniens contre l’enclave de Nakhitchevan…Mais rien ne justifie qu'un concitoyen soit otage des tensions passées.
* Un complice supposé Azad Mammadi a, lui, été condamné à 12 ans de prison.