« Les rayons et les ombres » de Jean et Corinne Luchaire
Nombre d’hommes politiques populistes, dont le parcours est passé du blanc au noir sur le pavé mosaïque de la politique considèrent aujourd’hui leur gouvernance comme celle des « Nouveaux Temps ». Cela vaut pour tous les potentats et autres étrangleurs et présidents acteurs du déséquilibre du monde. Ce titre est aussi celui d’un quotidien de l’Occupation, dirigé par Jean Luchaire, père d’une jeune actrice, Corinne. C’est leur destin que raconte le réalisateur Xavier Giannoli dans Les rayons et les ombres (voir post du 27 octobre 2025), film sorti le 18 mars.
Luchaire, soutien du Front Populaire
Les Nouveaux Temps, journal du soir, né de la défaite de 1940, désignent la Révolution nationale du maréchal Pétain, version parisienne, plus proche d’un collaborationnisme à vif. Et d’une proximité asservissante avec l’ambassade d’Allemagne. Son directeur est Jean Luchaire, radical dans les années 30, qui fonde alors, avec d’autres, Notre Temps, journal auquel collaboreront Pierre Brossolette et Pierre Mendes-France. Partisan, dans cette entre-deux-guerres, du Front Populaire et depuis longtemps d’une réconciliation franco-allemande, ce fils d’historien rencontre Otto Abetz en 1932, qui affiche alors plein de bons sentiments pacifistes mais qui comme son futur ami français, dérivera.
Corinne
Nazi, ambassadeur à Paris en 1940, il finance le journal de Luchaire qui affichera un soutien sans faille à son protecteur. Séducteur, mondain, coureur de jupons, ce « nouveau monsieur » dépense l’argent qu’il n’a pas et en récupère du côté de l’économie noire (le marché noir) aux mains des voyous, notamment de la Carlingue*. A ses côtés, l’une de ses filles, Corinne, qui aurait pu devenir une star de cinéma et qui n’a tourné qu’une dizaine de films, le dernier en 1940. Atteinte comme son père de tuberculose, entre deux séjours dans un sanatorium, cette jeune femme a vécu l’Occupation, à travers les réceptions mondaines de l’ambassade d’Allemagne, les restaurants où l’on ne manquait de rien, les boîtes de nuit où le champagne malgré les tickets de rationnement à l'extérieur, coulait à flot.
Film et acteurs justes
La trajectoire de ce couple fusionnel est racontée finement par le réalisateur Xavier Giannoli dans Les rayons et les ombres. Qui en dit beaucoup sur cette époque et sur la veulerie de certains de ses acteurs. Le résumé de ces mœurs est fourni à la fin de ce le long métrage (3h15) dans le réquisitoire de l’avocat général, lors du procès de Jean Luchaire, qui sera fusillé. Quant aux acteurs principaux, Jean Dujardin (Jean Luchaire) et une très jeune comédienne Nastya Golubeva Carax (Corinne), ils sont comme on disait volontiers à l’époque « sensationnels ».
*La Gestapo française, rue Lauriston à Paris.
