Comment Moscou fabrique de faux journalistes pour séduire l'Afrique de l'Ouest et le Sahel

Un rapport conjoint du cabinet d'enquête Graphika (spécialisé dans l'analyse des environnements numériques) et du réseau Code for Africa (engagé dans la lutte contre la désinformation), baptisé Umbrae Ex Machina, révèle les rouages de la guerre de l'information menée par Moscou depuis au moins 2021. Contrairement aux stratégies classiques s'appuyant sur des médias officiels de propagande, cette ingérence s’immisce directement au cœur de l'écosystème médiatique d'Afrique de l'Ouest francophone et du Sahel en exploitant les vulnérabilités de la presse locale.

Usurpation d'identités

Le cœur du dispositif repose sur l'infiltration de rédactions par des « journalistes fantômes ». Ainsi, trente-cinq auteurs publiant sous de fausses signatures ont été identifiés, de même que neuf experts fictifs censés apporter une caution universitaire ou technique à ces contenus. Entre 2021 et 2026, au moins 658 contenus falsifiés ont été injectés sur 138 sites web et relayés par au moins 113 pages Facebook, précise le rapport. Pour contourner les soupçons, ces avatars empruntent parfois l'identité de personnes réelles, comme des joueurs de football africains, ou usurpent le nom de véritables spécialistes. Ce procédé de « blanchiment d'information » permet de propager des récits qui, repris d'un média à l'autre, finissent par masquer totalement leur origine.

L’Afrique de l'Ouest et le Sahel : cibles géopolitiques
L’opération cible l'Afrique de l'Ouest et la zone sahélienne. Selon les données récoltées, le Burkina Faso et le Nigeria sont en première ligne avec plus de 300 articles identifiés chacun, suivis de près par le Mali (plus de 180 articles), suivent le Sénégal et le Niger (plus de 100 articles chacun). Plusieurs rédactions de la région ont publié ces contenus, 
« consciemment ou non » s'interrogent les rapporteurs, comme Afriquemedia.tv au Cameroun (64 articles) et Burkina24.com au Burkina Faso (46 articles).
Ces textes, signés par de profils comme Lamine Fofana, Luka Malle, Sylvain Nguema ou Oumar Diallo distillent une ligne éditoriale destinée à attiser le sentiment anti-français et anti-occidental. Ils cherchent également à déstabiliser l'influence européenne en dépeignant des organisations régionales, telles que la CEDEAO*, comme de simples « marionnettes occidentales
». Parallèlement, ils s'attachent à présenter la Russie comme l'unique partenaire sécuritaire légitime face au terrorisme, tout en prenant soin d’occulter les exactions de groupes armés russes, Wagner ou Africa Corps.

*Communauté économique des états de l'Afrique de l'ouest.

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