« La Marque des esclaves » : le double jeu réussi de Vincent Crouzet
L'exercice est chez moi devenu habituel, voire rituel. Bien avant d’ouvrir un roman de Vincent Crouzet, je m’interroge sur le sort qu’il a réservé à Athéna, surnom de la patronne du Service Action de la DGSE qui suit l’auteur de livre en livre depuis Cible Sierra (Robert Laffont, 2022). Pour les non-initiés, il s’agit de la colonelle Coralie Desnoyers, à laquelle son créateur a accordé les caractéristiques de la déesse grecque, à savoir la complexité. En effet, Athéna est à la fois la divinité de la sagesse et de la raison tout en étant déesse de la guerre, et en particulier de la stratégie militaire, mais aussi des arts de la paix et protectrice des héros.
C’est ce dernier aspect qui sert de trame à la double histoire racontée dans La Marque des esclaves (éditions L’Animal). Voilà pourquoi la jeune femme se retrouve en Iran afin de tenter de délivrer l’un des siens fait prisonnier, avant d’être elle-même capturée par les Gardiens de la Révolution.
Pandora et la boîte de Pandore
Ce récit croise donc deux histoires et introduit une autre figure issue de la mythologie grecque : Pandora. Présentée comme un cadeau de tous les dieux, offert par le renseignement ukrainien à la France, cette femme séduisante (c'est une marque de fabrique de l'auteur) est détentrice de précieux mais très onéreux secrets. En résumé : une véritable boîte de Pandore. Si les mythes grecs racontent que c’est Athéna qui a donné forme humaine à Pandora, dans ce roman les enjeux sont différents et les deux femmes ne se croiseront jamais.
Pandora est une générale puissante, énigmatique, russe et proche du diable, mais aussi du pouvoir de l'inénarrable Donald Trump et de ses séides ce qui, en ces temps de maelström, n’est absolument pas incompatible.
Cette construction donne une nouvelle fois au récit l'allure d'un roman d’actualité écrit au fil des dernières nuits. Vincent Crouzet consacre d'ailleurs ses journées à commenter cette même actualité sur une chaîne d’information en continu, en l’occurrence LCI. On apprécie ainsi les deux facettes de ce jeune sexagénaire : l’expertise de l'analyste avisé et le sens du rythme du romancier.
La Marque des esclaves, Vincent Crouzet, éditions L’Animal, 20,90 €.
La Marque des esclaves, Vincent Crouzet, éditions L’Animal, 20,90 €.
