Retrait d’Uber et poussée de Yango, le marché africain du VTC en recomposition
En se retirant simultanément du Nigeria et de l'Ouganda le 2 septembre, le géant américain du VTC, Uber, a réduit sa présence africaine de moitié en moins de deux ans. Après ses départs de Côte d'Ivoire et de Tanzanie, l'entreprise de San Francisco ne subsiste plus que dans quatre pays du continent : l'Égypte, le Ghana, le Kenya et l'Afrique du Sud. Ce désengagement est consécutif à une dégradation de l'équation économique locale (marquée par l'explosion des prix du carburant consécutive à la suppression des subventions au Nigeria, la forte dépréciation de la monnaie nationale le naïra et l'accroissement de la concurrence) combinée à une restructuration mondiale axée sur la rentabilité et les robotaxis. Le modèle d'Uber, caractérisé par des commissions élevées de 25 % et des exigences strictes sur les véhicules, s'est heurté à l'érosion du pouvoir d'achat de la classe moyenne urbaine.
L'expansion de Yango et les défis de la souveraineté numérique
Ce retrait ouvre une voie royale aux concurrents comme Bolt, InDrive et tout particulièrement Yango. Désormais implantée dans plus d'une douzaine de pays africains, cette dernière plateforme y développe un vaste écosystème intégrant le transport, la livraison, le commerce en ligne et l'intelligence artificielle. Bien qu'elle affiche un siège social à Dubaï, Yango reste adossée au géant technologique russe Yandex et a publiquement été promue par la diplomatie russe comme une « réalisation russe » en Afrique. Cette expansion suscite toutefois d'importantes inquiétudes quant à la souveraineté numérique et à la protection des données personnelles. Des enquêtes ont mis en évidence des prélèvements massifs de données, ayant notamment mené l'autorité néerlandaise de protection des données à sanctionner l'opérateur de Yango en avril 2026 pour des transferts illégaux vers la Russie. Au-delà de la compétition commerciale, le continent fait désormais face à un enjeu stratégique : le contrôle de ses propres infrastructures numériques.
Photo : ©Yango
