La Compagnie russe de désinformation



J’aime beaucoup ce nom de « Compagnie ». Qui selon le contexte désigne chez nous l'Académie française, la Comédie-Française, les Jésuites…
Ce substantif, aux multiples visages, est aussi le nom utilisé pour se définir, par un réseau de propagande et de désinformation russe dont les bureaux sont à Saint-Pétersbourg. Dans lequel les collaborateurs d’Evgueni Prigojine*, à l’origine de la structure, demeurent des figures centrales. Seul le patron a changé. Exit Wagner, place au SVR, le renseignement extérieur de la Fédération de Russie, qui donne aujourd’hui le tempo.

Consortium de journalistes
Des journalistes ont enquêté sur « La Compagnie ». Ils sont membres de Forbidden StoriesAll Eyes On WagnerDossier CenteropenDemocraty, iStories et The Continent. C’est ce dernier, un media panafricain, qui a été destinataire (anonymement) de 76 documents composés de 1 431 pages comprenant « des plans stratégiques, des biographies de collaborateurs, des rapports opérationnels, des documents comptables ainsi que des bilans de campagnes de désinformation menés entre janvier et novembre 2024 » explique Forbidden Stories dans une longue enquête Propaganda machine mise en ligne hier.

Journaliste, médias payés
La « Compagnie » a travaillé « à l’éviction des Etats-Unis et de la France du continent africain », confirment les documents analysés. En appuyant, en particulier, sur le ressentiment envers les anciennes puissances coloniales et leurs alliés. Généralement, ce qui motive la « firme » est de favoriser une couverture médiatique favorable. Pour cela, Moscou ouvre le porte-monnaie. Les documents comptables analysés montrent que plus de 300.000 dollars « ont été fléchés » en ce sens. Ainsi certains médias ou journalistes ont été payés « jusqu’à 600 dollars par mois au Bénin voire 10 000 dollars en Libye » détaille Forbidden Stories. En mai 2024, en Centrafrique, Moscou aurait fourni 100 000 dollars à la radio Sengo Lengo. Au Mali, au Niger, en Afrique du Sud, le Kremlin n’est pas en reste. 
Dans un document de février 2024, la « Compagnie » revendique ainsi « la paternité du nouveau code minier du Mali, présenté par la junte au pouvoir un an plus tôt. L’objectif est double : discréditer les acteurs étrangers et réviser les contrats existants au profit des entreprises et investisseurs russes »…

Mais encore...
Au Sénégal, « un scénario de prise du pouvoir par des militaires » a été étudié par Moscou. Entre janvier et octobre 2024, 750 000 dollars ont été consacrés au projet.
Propagande, déstabilisation, renseignements, les nombreux projets russes ne concernant pas que l’Afrique mais le « Sud global ». Moyen-Orient, Amérique du Sud en sont d’autres exemples. 
Les plans russes intègrent également une composante anti-ukrainienne. Thème : « L’Ukraine est un pays qui soutient les terroristes en Afrique ». 
En Amérique du Sud, en août 2024, raconte Forbbiden Stories,  en Argentine, « La compagnie » revendique le déploiement d’une banderole « dénonçant le soutien à Kiev lors d’un match de football de première division au stade Libertadores de América**. Cet épisode, en apparence anodin et isolé, s’inscrit en réalité dans une stratégie bien plus large ».

*Mort le 23 août 2023 dans un accident d’avion.
** A Avellaneda ; abrite le club d'Independiente.

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