Les musulmans russes au service du Kremlin (1)


Albir Hazrat Krganov est le chef de l’Assemblée spirituelle des musulmans de Russie (DSMR). Une organisation musulmane panrusse. Ce mufti encore quadragénaire « attira l'attention de Poutine dès le début de la seconde guerre de Tchétchénie, lorsqu'il se rendit sur le front pour soutenir l'agression du Kremlin. Par la suite, le mufti fut intégré à divers conseils présidentiels grâce à l'intervention personnelle de Poutine » raconte Paul Goble, spécialiste des questions ethniques et religieuses en Eurasie.

Mobilisation spirituelle

Selon l’islamologue Rinat Mukhametov*, Krganov est d’une loyauté sans faille pour le Kremlin « même sans qu'on le lui demande ». Sous sa direction, l’islam officiel russe s’est rapidement imposé comme un pilier décomplexé de l’« opération militaire spéciale ». Objectif : offrir une mobilisation spirituelle structurée et légitimer religieusement l’effort de guerre. Participant également à l’écriture du discours mémoriel de la Grande Guerre patriotique. « C’est tellement vrai, constate un diplomate européen ayant été en poste récemment à Moscou, que la frontière entre aumônerie et propagande s’efface ».

Défense des valeurs spirituelles et des traditions

L’islam outil de propagande, légitime donc la guerre en Ukraine. Ainsi on a récemment vu des imans médiatisés. Muhammad Radzhabov, du bataillon « Kaspiy » du Daghestan, présenté « sous le feu ennemi ». L’imam Akhmed Kurbanov, rattaché à la 1ère armée blindée, salue, lui, le courage des soldats « défendant leur patrie, leur foi et l’avenir de leurs enfants ». Message sous-tendu : l’universalité du combat, orthodoxes et musulmans unis pour la « victoire ».
Ce partenariat religieux n’est pas anodin. Une lecture fine des réseaux sociaux permet de comprendre qu’un « Komintern spirituel » au service de l’État russe s’est constitué. Cette fois-ci, il faut parler d’une internationale religieuse alignée sur les intérêts du Kremlin.

A suivre

*Travaille actuellement sur les débats autour de la guerre en Ukraine au sein des communautés musulmanes russes. Projet financé par la fondation finlandaise Kone.

Photo : ©DR.

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